Couvrir un toit en chaume

En une phrase

Le chaume est la technique de couverture de toit la plus ancienne et la plus accessible : de la paille, du roseau ou de l’herbe longue disposée en couches imbriquées pour créer un toit imperméable qui dure des années.

Comment ça marche

Qu’est-ce que c’est ?

Le chaumage consiste à couvrir un toit avec des végétaux secs disposés en couches épaisses et imbriquées. L’eau qui tombe sur le toit glisse de brin en brin, de couche en couche, sans jamais pénétrer à l’intérieur. C’est le même principe que les tuiles ou les ardoises, mais avec des matériaux végétaux.

Un toit en chaume bien fait est étonnamment imperméable. La paille et le roseau, quand ils sont disposés en couches de 20 à 30 centimètres d’épaisseur, forment une barrière étanche si la pente est suffisante (au moins 45 degres). L’eau glisse sur les brins et coule vers le bas sans jamais stagner.

Le chaume est utilisé depuis la préhistoire sur tous les continents. En Europe, des milliers de maisons ont encore des toits en chaume, certains vieux de plus de 100 ans. C’est une technique éprouvée, accessible, et qui ne demande aucun outil métallique.

Il existe trois matériaux principaux pour le chaume :

  • La paille de blé, de seigle ou d’avoine : disponible partout où on cultive des céréales. La paille de seigle est la meilleure car elle est longue, fine et résistante.
  • Le roseau commun (phragmite) : pousse dans les marécages et au bord des étangs. Le roseau est le meilleur matériau pour le chaume : il est creux, rigide, et imperméable. Un toit en roseau peut durer 50 ans ou plus.
  • L’herbe longue et raide : le chiendent, la laîche, le jonc. Moins performants que la paille ou le roseau, mais disponibles partout. Durent 5 à 10 ans.

Où trouver les matériaux ?

Pour la paille :

  • Les champs de céréales après la moisson. La paille est le résidu du battage des céréales.
  • Si on n’a pas de céréales cultivées, on peut utiliser des herbes sauvages hautes et raides. Couper les herbes en fin d’été quand elles sont sèches.
  • La paille de seigle est idéale. La paille de blé est bonne. La paille d’orge est correcte mais plus courte.

Pour le roseau :

  • Les marécages, les bords d’étang, les zones humides. Le roseau commun pousse en grands peuplements denses, hauts de 1,5 à 3 mètres.
  • Couper le roseau en hiver (décembre à février) quand il est sec et les tiges sont rigides. Le roseau d’hiver est plus résistant que le roseau vert d’été.
  • Choisir les tiges les plus droites, les plus longues et les plus épaisses. Écarter les tiges courbées, fines ou abîmées.

Pour les liens :

  • Voir Fabriquer des cordages. Les meilleurs liens pour le chaume sont les liens de saule (écorce de saule fraîche), les liens de paille torsadée, et les liens de chanvre.
  • Les liens doivent être solides mais pas trop épais (3 à 5 millimètres de diamètre).

Comment l’utiliser ?

Un toit en chaume s’entretient tous les ans. On vérifie les zones dégradées et on les remplace. On enlève la mousse et les plantes qui poussent sur le toit. On remplace les liens lâches.

Un toit en chaume commence toujours à fuir par le bas (la zone la plus proche de la gouttière ou du bord inférieur), car c’est là que l’eau a le plus de temps pour s’infiltrer. Quand le bas du toit est trop usé, on ajoute une nouvelle couche par-dessus, sans enlever l’ancienne. C’est pour cela que les vieux toits en chaume font parfois plus de 2 mètres d’épaisseur.

Étapes détaillées

Étape 1 : Préparer les matériaux

Préparation de la paille :

  1. Couper la paille à la base, près du sol. Arracher avec les racines si possible (les racines aident à attacher).
  2. Sécher la paille pendant 2 à 3 semaines au soleil si elle n’est pas déjà sèche. La paille doit être complètement sèche : si elle est verte, elle va pourrir sur le toit.
  3. Battre la paille pour enlever les grains et les feuilles. Frapper les épis contre une pierre ou un bâton. On ne garde que les tiges nues.
  4. Trier les tiges par longueur : les plus longues (plus de 1 mètre) pour le bas du toit, les moyennes (60-80 centimètres) pour le milieu, les courtes pour le faîte.
  5. Faire des bottes de paille : lier des poignées de tiges avec un lien à la base. Chaque botte fait 30-40 centimètres de diamètre.

Préparation du roseau :

  1. Couper les roseaux à la base avec un couteau de pierre ou de métal. Utiliser des gants (les bords des roseaux sont coupants).
  2. Trier : ne garder que les tiges droites de plus de 1,5 mètre, sans moisissure, sans cassure.
  3. Faire des bottes de 20 centimètres de diamètre, liées à deux endroits (au tiers et aux deux tiers de la hauteur).

Préparation des liens :

  1. Fabriquer suffisamment de liens pour tout le toit. Compter environ 50 liens par mètre carré de toit.
  2. Chaque lien fait 1 mètre de long et 3-5 millimètres de diamètre.
  3. Tremper les liens dans l’eau pendant 2 heures avant utilisation pour les assouplir.

Étape 2 : Préparer la charpente

Le toit en chaume a besoin d’une charpente solide. La charpente est faite de perches en bois (voir Construire un abri de survie).

  1. La charpente doit avoir une pente d’au moins 45 degres. Plus la pente est raide, mieux l’eau s’écoule. Un toit plat en chaume fuit.
  2. Les perches horizontales (les liteaux) sont espacées de 30 centimètres en hauteur. Ce sont elles qui retiendront les bottes de chaume.
  3. Les liteaux sont fixés aux perches principales par des encoches et des liens.
  4. Vérifier que la charpente est solide : un toit en chaume de 20 centimètres d’épaisseur pèse environ 30 kilos par mètre carré. Quand il pleut, le poids augmente. La charpente doit pouvoir supporter 50 kilos par mètre carré.

Étape 3 : Poser le chaume (méthode de la botte)

C’est la méthode la plus courante et la plus simple. On pose des bottes de chaume une par une, en commençant par le bas du toit et en montant.

  1. Commencer par le bas du toit (le bord inférieur). Prendre une botte de paille ou de roseau.
  2. Poser la botte sur les liteaux du bas, les tiges pointant vers le bas. La base de la botte dépasse de 5 centimètres au-delà du bord du toit (c’est la gouttière naturelle).
  3. Attacher la botte aux liteaux avec deux liens : un lien au tiers de la hauteur de la botte, un lien aux deux tiers. Passer le lien autour de la botte, le croiser derrière le liteau, et le nouer fermement.
  4. Poser la botte suivante à côté de la première, jointive, sans espace. Les bottes doivent être serrées les unes contre les autres.
  5. Continue toute la rangée du bas.
  6. Deuxième rangée : poser les bottes de la même manière, mais en décalant les joints par rapport à la rangée du bas (comme des briques). Le bas de la deuxième rangée doit recouvrir le haut de la première rangée de 15 à 20 centimètres. C’est ce chevauchement qui rend le toit imperméable.
  7. Continue rangée par rangée en montant, en chevauchant toujours la rangée précédente de 15-20 centimètres.
  8. Arriver au faîte (le sommet du toit), plier les dernières bottes et les croiser par-dessus. Attacher solidement. Le faîte est le point le plus vulnérable : il doit être particulièrement épais et bien attaché.

Épaisseur du chaume :

  • Paille : 25 à 30 centimètres d’épaisseur minimale.
  • Roseau : 20 à 25 centimètres d’épaisseur minimale.
  • Herbe longue : 30 à 40 centimètres d’épaisseur minimale.

Étape 4 : Finir et sécuriser le toit

  1. Couper les brins qui dépassent trop à l’extérieur avec un couteau ou une faucille. Le toit doit avoir une surface relativement uniforme mais pas trop lisse (les irregularités help le chaume à drainer l’eau).
  2. Passer les mains sur toute la surface du toit pour vérifier qu’il n’y a pas de zones molles ou de trous. Les zones molles sont des endroits où le chaume est trop fin : rajouter des bottes.
  3. Vérifier que tous les liens sont bien serrés. Un lien lâche est un futur trou.
  4. Au faîte, ajouter une couche supplémentaire de chaume pour renforcer l’étanchéité. Certains utilisent un rang de gazon (herbe en terre) retourné sur le faîte : le gazon pousse et renforce naturellement l’imperméabilité.

Variations par climat

En climat tempéré (pluie modérée) :

  • La paille de seigle est le meilleur matériau. En saison de croissance, le chaume se couvre de mousse, ce qui améliore l’imperméabilité.
  • Pente minimale : 45 degres.

En climat tropical (pluie abondante) :

  • Le roseau est indispensable. La paille pourrit trop vite sous les tropiques.
  • Pente minimale : 55 degres. Plus la pente est raide, plus l’eau s’écoule vite.
  • Épaisseur minimale : 30 centimètres de roseau.
  • Les feuilles de palmier sont aussi utilisées : on les dispose en tuiles, attachées aux liteaux. Chaque feuille est pliée en deux et le pli est passé sur un liteau, les deux moitiés retombant de chaque côté.

En climat froid et neigeux :

  • Le chaume est un excellent isolant thermique. Un toit en chaume de 30 centimètres isole autant que 10 centimètres de laine de verre moderne.
  • La neige ne glisse pas sur un toit en chaume comme sur un toit en métal. Il faut prévoir une charpente très solide.
  • Pente : 45 à 50 degres (pas trop raide, sinon la neige glisse et le toit perd son isolation, pas trop plat sinon la neige s’accumule et le toit s’effondre).

En climat aride :

  • Le chaume fonctionne bien mais craint le feu. Garder le toit humide par temps sec, ou construire un système d’arrosage primitif (gouttières qui distribuent l’eau).
  • Épaisseur minimale : 15-20 centimètres (moins de pluie à drainer).

Pièges et erreurs courantes

  • Pente insuffisante : un toit en chaume avec moins de 45 degres de pente fuit. L’eau stagne, la paille pourrit, le toit s’effondre. C’est l’erreur la plus courante.
  • Chaume trop fin : moins de 20 centimètres d’épaisseur ne suffit pas pour empêcher l’eau de pénétrer. Toujours viser 25 centimètres minimum.
  • Paille verte ou humide : la paille doit être complètement sèche avant d’être posée. La paille humide pourrit sur le toit et dégage une odeur nauséabonde tout en perdant son imperméabilité.
  • Pas de chevauchement : les rangées de chaume doivent se chevaucher de 15-20 centimètres. Sans chevauchement, l’eau passe entre les rangées.
  • Liens lâches : les liens doivent être très serrés. Un lien lâche laisse la botte glisser, créant un trou dans le toit.
  • Pas de débordement : le bas du toit doit déborder de 5-10 centimètres au-delà du mur. Sans ce débordement, l’eau coule le long du mur et le pourrit.
  • Ne pas protéger du feu : le chaume est extrêmement inflammable. Ne jamais faire de feu à l’intérieur d’un bâtiment au toit en chaume sans cheminée. La cheminée doit dépasser d’au moins 1 mètre au-dessus du faîte du toit.

Une fois que vous savez faire ça, vous pouvez débloquer

Notes

  • Un toit en chaume de roseau bien fait peut durer 40 à 50 ans. Un toit en paille de seigle dure 15 à 20 ans. Un toit en herbe longue dure 5 à 10 ans.
  • Le chaume est la technique de toiture la plus respectueuse de l’environnement : 100% végétal, 100% biodégradable, 100% recyclable.
  • Les chaumières traditionnelles en Europe sont encore des milliers à fonctionner. La technique n’a pas changé depuis le Moyen Age.
  • Pour réparer un trou dans le toit, ne pas retirer le chaume existant. Insérer une nouvelle botte dans le trou et la fixer avec des liens. Le nouveau chaume se fondra dans l’ancien en quelques semaines.
  • Le bruit de la pluie sur un toit en chaume est très atténué, ce qui est un avantage pour le confort mais un inconvénient pour savoir s’il pleut fort dehors.