Distiller de l’alcool
En une phrase
Distiller, c’est séparer l’alcool de l’eau en les chauffant — l’alcool s’évapore avant l’eau et on le récupère, obtenant un liquide capable de désinfecter, de brûler et de conserver.
Qu’est-ce que c’est ?
L’alcool (éthanol) est produit naturellement par des levures qui transforment le sucre en alcool et en gaz carbonique. La fermentation naturelle donne au maximum 15 % d’alcool — au-delà, les levures meurent dans leur propre alcool. La distillation permet de concentrer cet alcool en chauffant le liquide fermenté : l’alcool s’évapore à 78 degres, l’eau à 100 degres. En récupérant la vapeur d’alcool et en la refroidissant, on obtient un liquide de plus en plus concentré en alcool.
Où trouver les matériaux ?
Matières sucrées (pour la fermentation)
- Raisin : le plus traditionnel. Les raisins mûrs contiennent 15 à 25 % de sucre. Les écraser à la main, laisser le jus fermenter avec les peaux (qui contiennent les levures naturelles).
- Pommes et poires : presser les fruits mûrs. Le jus de pomme fermenté donne le cidre (5-8 %).
- Céréales : orge, blé, seigle, maïs, riz. Les céréales ne contiennent pas de sucre directement, mais de l’amidon. Il faut transformer l’amidon en sucre par le maltage (germination).
- Miel : diluer le miel dans l’eau (1 part de miel pour 4 parts d’eau). Les levures transforment le sucre du miel. C’est l’hydromel.
- Betterave sucrière : couper en morceaux, bouillir, récupérer le jus sucré.
- Sève de bouleau ou d’érable : au printemps, la sève qui coule des troncs blessés est naturellement sucrée (2-5 %).
Levures
- Levures du fruit : les peaux de raisin, de prune et de pomme portent naturellement des levures blanches (la pellicule blanchâtre sur la peau des raisins mûrs).
- Levures sauvages : l’air contient des levures. Laisser un jus sucré à l’air libre en été — il fermente spontanément en 2-3 jours.
- Levure de boulanger : si disponible, une pincée active la fermentation en quelques heures.
Récipients
- Voir Fabriquer de la poterie pour les jarres de fermentation.
- Voir Extraire le cuivre ou Fondre le bronze pour un récipient métallique de distillation (optionnel mais bien plus efficace).
Tuyau de refroidissement
- Bambou : les tiges de bambou sont naturellement creuses et étanches. Le meilleur matériau naturel pour un serpentin.
- Cuivre : voir Extraire le cuivre. Le cuivre est idéal car il conduit parfaitement la chaleur et se travaille en feuille ou en tube.
- Corne d’animal : creuse et courbée naturellement. Peut servir de condenseur primitif.
Comment l’utiliser ?
L’alcool distillé a trois usages vitaux en situation de reconstruction :
- Désinfection : l’alcool à 70 % tue les bactéries et les virus sur la peau et les instruments. Nettoyer les plaies, stériliser les outils chirurgicaux, désinfecter les surfaces.
- Combustible : l’alcool brûle sans fumée et sans résidu. Lampe à alcool, réchaud de fortune, allumage de feu en conditions humides.
- Conservation : les aliments conservés dans l’alcool ne pourrissent pas. Fruits, herbes, organes d’animaux.
Étapes détaillées
Phase 1 : La fermentation
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Préparer le moût :
- Si fruits : écraser les fruits mûrs dans une jarre en poterie. Ne pas filtrer — les peaux contiennent les levures.
- Si céréales : faire germer les céréales (maltage). Étaler les grains sur un lit humide, les arroser matin et soir pendant 3-5 jours jusqu’à ce qu’un germe blanc de 1-2 cm apparaisse. Sécher les grains germés au soleil ou au feu doux. Les moudre grossièrement. Les mélanger avec de l’eau chaude (60-65 degres) pendant 1 heure — les enzymes du malt transforment l’amidon en sucre.
- Si miel : diluer le miel dans l’eau tiède.
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Laisser fermenter :
- Verser le moût dans une jarre en poterie. Remplir aux trois quarts (le gaz carbonique a besoin d’espace).
- Couvrir d’un tissu fin ou d’une feuille — le gaz doit sortir mais les insectes ne doivent pas entrer.
- Température idéale : 18 à 25 degres. Trop froid = fermentation lente. Trop chaud = levures meurent.
- La fermentation commence en 1 à 3 jours (des bulles se forment, une mousse apparaît à la surface).
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Attendre la fin de fermentation :
- La fermentation dure 1 à 3 semaines.
- Elle est terminée quand plus aucune bulle ne se forme et que le liquide est clair (les levures mortes sédimentent au fond).
- Le liquide obtenu (vin, bière, cidre) contient 5 à 15 % d’alcool.
Phase 2 : La distillation
L’alambic primitif (en poterie)
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Préparer la chaudière : prendre une grande jarre en poterie (10-20 litres). Y verser le liquide fermenté.
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Fabriquer le chapiteau (couvercle à dôme) :
- Fabriquer un couvercle en argile en forme de dôme qui s’ajuste parfaitement sur l’ouverture de la jarre.
- Le chapiteau doit être percé d’un trou en haut (2-3 cm) pour le tuyau de sortie.
- Sceller le chapiteau sur la jarre avec de l’argile humide — le joint doit être parfaitement étanche.
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Fabriquer le serpentin de refroidissement :
- Prendre un tuyau de bambou ou de cuivre de 1 à 2 mètres.
- Le courber en forme de S ou de serpentin.
- Le tuyau part du trou du chapiteau et descend en serpentant vers un récipient de collecte placé plus bas.
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Le condenseur :
- Placer le serpentin dans un bac d’eau froide (un tonneau, une jarre).
- L’eau froide refroidit la vapeur d’alcool qui se condense en liquide à l’intérieur du serpentin.
- Le liquide s’écoule à l’extrémité du serpentin dans un récipient de collecte.
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Chauffer la chaudière :
- Placer la jarre sur un feu de bois modéré.
- Chauffer doucement. La température doit atteindre 78-85 degres — l’alcool s’évapore mais l’eau reste principalement dans la chaudière.
- Si la jarre bout (100 degres), trop d’eau s’évapore et l’alcool est dilué.
- Contrôle de température primitif : si le liquide frémit mais ne bout pas, la température est bonne.
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Collecter le distillat :
- Les premières 50 ml (tête) sont toxiques : elles contiennent du méthanol (alcool méthylique) qui s’évapore à 64 degres. Les jeter.
- Le coeur (le milieu de la distillation) est l’éthanol de bonne qualité. Le collecter.
- La queue (fin de distillation) contient de l’eau et des impuretés. On peut la redistiller.
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Redistiller : une seule distillation donne un alcool à 30-40 %. Une deuxième distillation du coeur donne 50-60 %. Une troisième donne 70-80 %.
Alambic en cuivre (plus efficace)
- Fabriquer une chaudière en cuivre : voir Extraire le cuivre. Le cuivre se martèle en forme de chaudron. Les feuilles de cuivre sont soudées ou rivetées.
- Le chapiteau en cuivre : une feuille de cuivre martelée en dôme, rivetée sur la chaudière.
- Le col de cygne : un tuyau de cuivre qui sort du chapiteau, descend en courbe et plonge dans le condenseur.
- Le condenseur : un tonneau rempli d’eau froide dans lequel serpente le tuyau de cuivre.
- L’avantage du cuivre : le cuivre capte les sulfures du moût (qui donnent un goût et une odeur désagréable). La distillation en cuivre donne un alcool plus pur et meilleur.
Phase 3 : Vérification et utilisation
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Test de la flamme : verser quelques gouttes de distillat sur un tissu et y mettre le feu.
- La flamme bleue = alcool pur (80 %+).
- La flamme jaune = alcool dilué (40-60 %).
- Pas de flamme = trop d’eau (moins de 20 %), redistiller.
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Désinfection : l’alcool le plus efficace pour tuer les germes est à 70 % (pas 90 % — à 90 %, l’alcool s’évapore trop vite pour pénétrer les bactéries). Diluer l’alcool pur avec 30 % d’eau pour obtenir 70 %.
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Combustible : l’alcool pur (80 %+) brûle dans une lampe à mèche. Fabriquer une lampe : un récipient en poterie avec une mèche en corde d’ortie ou en coton trempée dans l’alcool.
Variations par climat
En climat tropical / humide
- Les fruits tropicaux (banane, ananas, mangue, canne à sucre) sont très sucrés et fermentent spontanément.
- Rhum de canne : la canne à sucre est le meilleur producteur d’alcool du monde tropical. Presser les tiges de canne, récolter le jus, fermenter, distiller.
- Attention : la chaleur accélère la fermentation mais peut la tuer si elle dépasse 30 degres. Fermenter à l’ombre.
- Les levures tropicales sont très actives — fermentation en 3-5 jours.
En climat désertique / sec
- Les dattes sont le fruit du désert. Les dattes sèches contiennent 60 % de sucre. Les réhydrater, les écraser, laisser fermenter.
- Contrôle de température : le désert est chaud le jour et froid la nuit. Fermenter dans un trou isolé pour limiter les variations.
- Les nuits froides facilitent le refroidissement du condenseur — la distillation est plus efficace la nuit.
En climat froid / nordique
- Les pommes et les baies (myrtille, cassis, groseille) sont les bases possibles.
- Le maltage : les céréales du nord (orge, seigle) se maltent facilement au printemps quand les températures sont douces.
- La fermentation est très lente en climat froid (2-4 semaines). L’accélérer en plaçant la jarre près d’un feu doux.
- La neige et la glace sont excellentes pour le condenseur — la distillation en hiver est plus productive.
Pièges et erreurs courantes
- Boire les têtes de distillation : les premières vapeurs contiennent du méthanol, qui rend aveugle et tue. TOUJOURS jeter les premiers 50 ml.
- Surchauffer la chaudière : si l’eau bout, on récupère un distillat dilué. Chauffer doucement, constamment.
- Joint non étanche : la vapeur d’alcool s’échappe par les fuites au lieu d’aller dans le serpentin. Sceller soigneusement tous les joints à l’argile.
- Fermentation incomplète : distiller un moût qui n’a pas fini de fermenter gaspille du sucre. Attendre que les bulles cessent.
- Condenseur trop chaud : si l’eau du condenseur n’est pas renouvelée, la vapeur traverse sans se condenser. Changer l’eau régulièrement.
- Accumulation de méthanol : les distillations successives sans jeter les têtes concentrent le méthanol. Toujours jeter les têtes à chaque distillation.
Une fois que vous savez faire ça, vous pouvez débloquer
- Fabriquer du savon — l’alcool dissout les graisses pour la saponification
- Créer de l’acide acétique (vinaigre) — laisser l’alcool s’oxyder en vinaigre
- Construire un moteur à vapeur — l’alcool comme combustible alternatif
- Fabriquer du verre — l’alcool comme combustible à très haute température
Notes
- La distillation est connue depuis au moins le 1er siècle — les Grecs d’Egypte distillaient déjà.
- L’alcool à 70 % est le meilleur désinfectant. Ni plus ni moins. À 90 %, il s’évapore trop vite. À 50 %, il ne penetre pas les bactéries.
- L’alcool est la seule substance désinfectante qu’on peut produire entièrement depuis zéro en milieu sauvage.
- Ne jamais stocker l’alcool pur près d’un feu — il est inflammable. Le stocker en poterie scellée, au frais et à l’ombre.
- La levure est un organisme vivant. La nourrir, la protéger de la chaleur extrême et du froid, et elle travaillera pour vous indéfiniment.