Fabriquer des fils et câbles électriques isolés

En une phrase

Transformer du cuivre ou du fer en fil continu et fin, puis l’isoler avec du tissu, du papier goudronné ou de la résine pour obtenir un câble capable de transporter l’électricité sans court-circuit ni fuite.

Qu’est-ce que c’est ?

Un fil électrique est un conducteur métallique (cuivre ou fer) entouré d’une gaine isolante (tissu, papier, résine, goudron) qui empêche le courant de fuir vers l’extérieur. Sans isolation, les fils se touchent et le courant court-circuite. Sans fil, pas de télégraphe, pas de téléphone, pas de lampe électrique, pas de moteur.

Le fil électrique est l’artère de toute civilisation électrique. Le cuivre est le meilleur conducteur connu après l’argent — il est abondant, ductile (on pouvez le tirer en fils très fins) et résistant à la corrosion. Le fer est un conducteur moins bon mais plus résistant mécaniquement et plus facile à produire.

La fabrication du fil électrique se décompose en trois étapes :

  1. Le tréfilage : tirer le métal à travers des trous de plus en plus petits pour obtenir un fil fin et régulier.
  2. L’isolation : enrouler le fil dans une gaine qui empêche le courant de passer.
  3. L’assemblage en câble : lier plusieurs fils ensemble pour augmenter la portée ou la résistance mécanique.

Où trouver / comment fabriquer

Le métal conducteur

Le cuivre (voir Extraire le cuivre) est le meilleur choix :

  • Conductivité électrique excellente (100% de la norme internationale).
  • Ductilité exceptionnelle — un kilo de cuivre donne 77 mètres de fil de 1 mm de diamètre.
  • Résistance à la corrosion — le cuivre ne rouille pas.
  • Soudabilité — le cuivre se soude facilement à l’étain (voir Souder et assembler les métaux).

Le fer (voir Extraire le fer et Forger des outils en fer) est l’alternative :

  • Conductivité électrique médiocre (17% du cuivre).
  • Résistance mécanique supérieure au cuivre.
  • Corrosion — le fer rouille, il faut l’isoler soigneusement.
  • Le fil de fer est utilisé pour les lignes longue distance quand le cuivre manque.

Le bronze (voir Fondre le bronze) est un compromis :

  • Conductivité intermédiaire (environ 15% du cuivre).
  • Résistance mécanique supérieure au cuivre.
  • Ne rouille pas.
  • Utilisé pour les câbles sous-marins et les fils de télégraphe.

Les matériaux d’isolation

Tissu de coton ou de lin (voir Tissage et filage) :

  • Enrouler le fil dans des bandes de tissu de coton ou de lin.
  • Imprégner le tissu de résine, de poix ou de goudron pour l’imperméabiliser.
  • Isolation souple et résistante. Standard historique des fils électriques jusqu’en 1950.

Papier goudronné (voir Produire du papier et Fabriquer de la poix et du goudron de bois) :

  • Enrouler le fil dans du papier fin imprégné de goudron.
  • Isolation rigide mais bon marché. Utilisée pour les câbles souterrains.

Résine d’arbre :

  • La résine de pin durcit en une gaine naturelle qui isole électriquement.
  • Appliquer la résine chaude sur le fil et laisser durcir.
  • Isolation moyenne — se ramollit à la chaleur.

Gutta-percha (alternative tropicale) :

  • La sève séchée de l’arbre à gutta-percha (arbre tropical) forme un isolant naturel souple et imperméable.
  • C’est l’isolant historique des câbles sous-marins télégraphiques.
  • Non disponible en climat tempéré.

Étapes détaillées

Partie 1 : Le tréfilage (fabrication du fil métallique)

Le tréfilage consiste à tirer un fil à travers un trou (la filière) plus petit que son diamètre. Le fil s’étire et s’amincit. En répétant l’opération avec des filières de plus en plus petites, on obtient un fil fin et régulier.

Fabriquer les filières

Les filières sont des plaques d’acier trempé (voir Produire de l’acier) percées de trous de diamètres décroissants.

  1. Forger une plaque d’acier de 5 mm d’épaisseur et de 5 x 10 cm.
  2. Percer une série de trous avec un foret en acier (ou à chaud avec un poinçon en fer chauffé au rouge). Les trous vont du plus grand (environ 5 mm) au plus petit (environ 0,5 mm), par incréments de 0,5 mm au début puis 0,2 mm pour les plus petits.
  3. Tremper la plaque : chauffer au rouge cerise et tremper dans l’eau ou l’huile. La plaque devient extrêmement dure.
  4. Polir les trous : utiliser une aiguille en acier enduite de pâte abrasive (poudre de silex ou de corindon mélangée à de l’huile) pour polir l’intérieur de chaque trou. Plus le trou est lisse, plus le fil est régulier.

Série de filières standard pour le cuivre :

  • 5 mm (départ — billette de cuivre étirée au laminoir)
  • 4 mm
  • 3 mm
  • 2,5 mm
  • 2 mm
  • 1,5 mm
  • 1,2 mm
  • 1 mm
  • 0,8 mm
  • 0,6 mm
  • 0,5 mm

Le tréfilage pas à pas

  1. Pointage : amincir une extrémité du fil de cuivre en la forgeant ou la limant pour qu’elle puisse passer dans la première filière. L’extrémité pointue doit dépasser de 2 à 3 cm de l’autre côté.
  2. Fixer la filière : la filière est fixée dans un établi ou un support en bois solide. Le côté de la filière avec le trou le plus grand fait face au fil.
  3. Tirer le fil : saisir l’extrémité pointue du fil avec des pinces. Tirer le fil à travers la filière avec un mouvement continu et régulier. Le fil s’étire et s’amincit.
  4. Reculage : après chaque passage dans une filière, le cuivre se durcit (écrouissage). Il devient cassant. Il faut le recuire — le chauffer au rouge sombre (500 degrés) pendant 10 minutes, puis le laisser refroidir lentement. Le cuivre redevient mou et ductile.
  5. Répéter : passer le fil dans la filière suivante (plus petite). Recuire après chaque passage. Continuer jusqu’à obtenir le diamètre voulu.

Lubrification : enduire le fil de cire d’abeille, de savon ou de graisse avant chaque passage pour réduire la friction et l’usure des filières.

Le treuil de tréfilage : Pour les fils de plus de 1 mm de diamètre, on peut tirer le fil à la main. Pour les fils plus fins, un treuil facilite le travail :

  1. Construire un treuil en bois avec une manivelle (comme un treuil de puits).
  2. Le fil est attaché à l’axe du treuil.
  3. En tournant la manivelle, le treuil tire le fil à travers la filière.
  4. Le fil s’enroule sur l’axe du treuil, formant une bobine.

Le fil de fer

Le fer est moins ductile que le cuivre. La technique est la même mais :

  • Le recuit est crucial. Le fer s’écrouit plus vite que le cuivre. Recuire après CHAQUE passage dans une filière.
  • Le fer nécessite plus de lubrification. Utiliser de la graisse épaisse.
  • Les filières pour le fer doivent être en acier trempé très dur. Le fer use les filières plus vite que le cuivre.

Partie 2 : L’isolation du fil

Méthode 1 : Isolation au tissu (la plus courante)

  1. Couper des bandes de tissu de coton ou de lin, de 1 à 2 cm de large. Le tissu doit être fin et serré.
  2. Enrouler le tissu en hélice : enrouler la bande de tissu en spirale autour du fil, chaque tour chevauchant le précédent de moitié. Le fil doit être entièrement couvert — aucune partie métallique ne doit être visible.
  3. Fixer le tissu : badigeonner le tissu de résine de pin chaude ou de poix fondue (voir Fabriquer de la poix et du goudron de bois). La résine ou la poix pénètre dans les fibres du tissu, le rigidifie et l’imperméabilise.
  4. Sécher : laisser refroidir et durcir. Le résultat est un fil isolé souple, résistant à l’eau et à l’abrasion.

Pour une meilleure isolation : appliquer deux couches de tissu enroulées en sens inverse (contre-enroulement). La première couche en spirale vers la droite, la deuxième vers la gauche. Puis imprégner de résine ou de poix.

Méthode 2 : Isolation au papier goudronné

  1. Couper des bandes de papier fin de 1 à 2 cm de large. Voir Produire du papier.
  2. Enrouler le papier en hélice autour du fil, comme le tissu.
  3. Imprégner de goudron : passer le fil enroulé dans un bain de goudron de houille ou de poix de bois chaude. Le goudron pénètre dans le papier et le rend imperméable et isolant.
  4. Sécher : laisser le goudron refroidir et durcir. Le résultat est un câble rigide, étanche et bien isolant. Idéal pour les câbles souterrains.

Méthode 3 : Isolation à la résine

  1. Chauffer de la résine de pin (voir Fabriquer de la cire) dans un récipient jusqu’à ce qu’elle devienne liquide.
  2. Passer le fil dans la résine chaude en le tirant lentement.
  3. Laisser refroidir : la résine durcit en formant une gaine autour du fil.
  4. Répéter 2 à 3 fois pour une épaisseur suffisante (0,5 à 1 mm d’épaisseur de résine).
  5. La résine se ramollit à la chaleur (vers 70-80 degrés). Pas d’isolation à la résine pour les fils qui chauffent.

Partie 3 : L’assemblage en câble

Un câble est un assemblage de plusieurs fils isolés, liés ensemble pour augmenter la capacité de transport du courant ou la résistance mécanique.

Câble torsadé (pour les lignes télégraphiques)

  1. Prendre 2 à 7 fils isolés.
  2. Les torsader ensemble en hélice (comme une corde). Voir Fabriquer des cordages pour la technique de torsage.
  3. Entourer le câble d’une gaine extérieure de tissu goudronné pour la protection mécanique.
  4. Ce câble est plus résistant mécaniquement qu’un fil unique et peut être tendu entre des poteaux.

Câble coaxial (pour les signaux)

  1. Un fil central isolé.
  2. Une gaine métallique (tresse de fils fins ou feuille de cuivre) autour de l’isolation.
  3. Une seconde isolation extérieure.
  4. Ce câble blindé protège le signal des interférences extérieures.

Câble sous-marin (pour les télégraphes transocéaniques)

  1. Un fil de cuivre central (conducteur).
  2. Une couche de gutta-percha ou de résine (isolant).
  3. Une couche de tissu goudronné (protection mécanique).
  4. Une gaine de fils de fer torsadés (armure mécanique contre les rochers et les ancres).
  5. Une couche extérieure de toile goudronnée (protection contre la corrosion marine).

Variations par climat

En climat tempéré

  • Le coton et le lin abondent. L’isolation au tissu est la méthode standard.
  • La poix et le goudron de bois sont disponibles localement.
  • Le cuivre est le conducteur de choix.

En climat tropical

  • Le coton pousse localement. L’isolation au tissu est facile.
  • La gutta-percha est disponible localement et constitue un isolant naturel supérieur.
  • L’humidité excessive dégrade le papier et le tissu non imperméabilisés. Toujours goudronner.

En climat froid / boréal

  • L’isolation au tissu se craquelle au gel. Le câble devient rigide et cassant.
  • Préférer l’isolation à la résine ou au goudron, plus souples au froid.
  • Enfouir les câbles sous la ligne de gel pour les protéger du gel.

En climat désertique

  • La chaleur ramollit la résine et le goudron. Préférer l’isolation au tissu sec (sans résine) pour les câbles aériens.
  • Le sable est un isolant naturel. Les câbles souterrains dans le sable n’ont pas besoin de gaine aussi épaisse.
  • Le cuivre est le seul conducteur viable — le fer rouille trop vite dans le sable humide la nuit.

Pièges et erreurs courantes

  • Fil qui casse pendant le tréfilage : le cuivre n’a pas été recuit entre deux passages. Recuire après chaque passage dans une filière plus petite.
  • Isolation défectueuse : une zone non isolée crée un court-circuit. Vérifier chaque mètre en passant le fil dans un bac d’eau salée — les bulles indiquent une fuite.
  • Filière usée : les filières en acier s’usent après des milliers de passages. Les trous deviennent ovalisés et le fil devient irrégulier. Remplacer ou repolir les filières.
  • Tissu qui se déroule : le tissu ne doit pas se dérouler après mise en place. Impregner de résine immédiatement après l’enroulement.
  • Câble qui chauffe : si le fil est trop fin pour le courant qui le traverse, il chauffe et l’isolation fond. Règle empirique : pour le cuivre, 1 mm de diamètre supporte 10 ampères en continu. Au-delà, le fil chauffe.
  • Corrosion des fils de fer : le fer non isolé rouille rapidement. Vérifier l’étanchéité de l’isolation, surtout aux jonctions.

Une fois que vous savez faire ça, vous pouvez débloquer

Notes

  • Le fil de cuivre est la base de toute l’industrie électrique. Un kilo de cuivre donne environ 77 mètres de fil de 1 mm de diamètre, ou 300 mètres de fil de 0,5 mm.
  • Le premier câble télégraphique transatlantique (1858) contenait 7 fils de cuivre isolés à la gutta-percha, protégés par une armure de fils de fer. Il mesurait 4000 km de long et coutait l’équivalent de 100 millions d’euros.
  • L’isolation au tissu goudronné a été la norme mondiale pendant 80 ans (1880-1960). Elle est fiable, bon marché et réparable.
  • Le recuit du cuivre est crucial. Un fil non recuit est cassant et irrégulier. Un fil recuit est souple et régulier.
  • Le tréfilage est une technique millénaire. Les Égyptiens et les Romains tréfilaient déjà l’or et le cuivre pour faire des bijoux et des fils textiles.

Ressources externes