Trouver et préparer les fibres végétales

En une phrase

Trouver et préparer les fibres végétales, c’est récolter des plantes sauvages, les transformer par rouissage, teillage et filage pour obtenir des fils solides — la matière première de tous les cordages, tissus et nasses de la survie.

Qu’est-ce que c’est ?

Les fibres végétales sont les fils tirés des tiges, écorces ou feuilles de plantes. Avant le métal, avant le tissu acheté, avant tout, il y a la fibre. C’est le matériau de base de la corde, du fil, du tissu, de la nasse, du filet, de la toiture et même de certains outils. Sans fibres, pas de corde pour tendre un arc, pas de fil pour coudre une blessure, pas de lien pour assembler un abri.

Il existe deux grands types de fibres :

  • Les fibres libériennes : tirées de l’écorce interne des tiges (ortie, lin, chanvre, tilleul, saule). Ce sont les plus solides et les plus polyvalentes.
  • Les fibres foliaires : tirées des feuilles (jonc, carex, palmier, agave). Plus faciles à extraire mais moins résistantes.

Où trouver/fabriquer

Les plantes à fibres par excellence

PlanteType de fibreOù la trouverQualité de la fibreSaison idéale
Grande ortieLibérienne (tige)Sols riches, lisières, ruines, cheminsExcellente — solide, souple, facile à travaillerFin d’été (août-septembre)
Lin cultivéLibérienne (tige)Champs, sols calcairesExcellente — la meilleure fibre pour le tissuFin d’été
ChanvreLibérienne (tige)Terrains riches, bords de rivièresExcellente — très solide, idéale pour les cordagesFin d’été
TilleulLibérienne (écorce)Forêts tempérées, parcsBonne — facile à extraire, souplePrintemps (sève montante)
SauleLibérienne (écorce)Bords de rivières, zones humidesBonne — solide, flexiblePrintemps
Osier (saule flexible)Libérienne (branche)Bords de rivièresExcellente pour la vannerieHiver (branche nue)
JoncFoliaire (tige)Zones humides, marais, bord de l’eauMoyenne — cassante à sec, souple trempéeToute l’année
CarexFoliaire (feuille)Marais, tourbièresMoyenne — bonne pour nattes et toitureToute l’année
Paille (seigle, avoine)Tige entièreChamps après moissonMoyenne — pour toiture et vannerieFin d’été

Comment identifier les bonnes plantes à fibres

  1. Le test de la bande : prendre une tige et essayer de la séparer en longues bandes. Si la tige se défait en fils longs et cohérents, c’est une bonne plante à fibres.
  2. Le test de flexion : plier la tige. Si elle se plie sans se casser, les fibres sont souples et de bonne qualité. Si elle casse net, les fibres sont trop sèches ou trop courtes.
  3. Le test du frottement : frotter la tige entre les doigts. Si de petits fils se détachent, les fibres sont accessibles. Si la tige est lisse et glissante, l’extraction sera difficile.

Étapes détaillées

Méthode 1 : Fibres d’ortie (la plus accessible en survie)

L’ortie est la plante à fibres par excellence en climat tempéré. Elle pousse partout, ses fibres sont solides comme le chanvre, et elle se transforme facilement.

Récolte

  1. Quand : récolter les tiges d’ortie en fin d’été (août-septembre), quand les tiges sont hautes, épaisses et encore vertes. Les tiges jeunes sont trop tendres, les tiges sèches sont trop cassantes.
  2. Comment : couper les tiges à la base avec un silex tranchant ou un couteau. Mettre des gants si possible (les poils urticants sont irritants mais se détachent au séchage). Prélever les plus hautes tiges, celles qui font plus de 50 cm.
  3. Quantité : une brassée de 50 tiges donne assez de fil pour une corde de 3 mètres.

Rouissage (décomposition de la chair)

  1. Étaler les tiges : les laisser au sol, à plat, dans un endroit humide et à l’ombre. La pluie et la rosée accélèrent le processus.
  2. Attendre : le rouissage prend 2 à 4 semaines selon le climat. Les tiges brunissent, la chair se décompose et les fibres se détachent.
  3. Tester : prendre une tige et la plier. Si la partie ligneuse se casse_net et que les fibres restent intactes, le rouissage est terminé. Si la tige est encore solide, continuer à attendre.
  4. Alternative rapide : tremper les tiges dans l’eau pendant 3 à 5 jours. Le rouissage à l’eau est plus rapide mais donne des fibres plus odorantes et moins blanches.

Teillage (séparation des fibres)

  1. Sécher : si les tiges ont été rouies au sol, les faire sécher au soleil pendant 1 à 2 jours.
  2. Casser les tiges : prendre chaque tige entre les doigts et la plier en plusieurs endroits. La partie ligneuse se brise en morceaux.
  3. Extraire les fibres : tenir la tige par le milieu et la plier. Les fibres libériennes se séparent de la partie ligneuse (la chènevotte). Tirer les fibres d’un coup sec.
  4. Nettoyer : frotter les faisceaux de fibres entre les mains ou les taper contre une pierre pour détacher les derniers morceaux de bois.
  5. Peigner : passer les fibres entre les dents d’un peigne en bois (fait de branches épineuses) ou entre les doigts pour séparer les fibres fines et enlever les impuretés.

Résultat : des faisceaux de fibres d’ortie, solides, flexibles, prêts à être filées.

Méthode 2 : Fibres d’écorce de tilleul et saule (pour les cordages grossiers)

L’écorce interne du tilleul et du saule fournit des bandeaux larges et solides, idéaux pour les cordages, les nattes et les liens d’assemblage.

  1. Récolte : couper de jeunes branches de tilleul ou de saule (2 à 5 cm de diamètre) au printemps, quand la sève monte. L’écorce se détache facilement.
  2. Décoller l’écorce : inciser l’écorce sur toute la longueur avec un couteau. Tirer l’écorce d’un coup sec. Elle se détache en un long ruban.
  3. Séparer l’écorce interne : l’écorce se compose de deux couches — l’écorce externe (dure, crevassée) et l’écorce interne (le liber, souple, fibreux). Les séparer en pliant et en tirant. Le liber est la partie recherchée.
  4. Tremper : faire tremper le liber dans l’eau pendant 1 à 3 jours pour l’assouplir.
  5. Séparer en bandeaux : déchirer le liber en bandes de 1 à 3 cm de largeur. Ces bandes sont directement utilisables comme cordage.
  6. Tresser : pour plus de solidité, tresser ou torsader plusieurs bandes ensemble (voir Fabriquer des cordages).

Méthode 3 : Fibres de lin et chanvre (pour le tissu de qualité)

Le lin et le chanvre produisent les meilleures fibres pour le tissu. Leur transformation est plus longue mais le résultat est incomparable.

  1. Récolte : arracher les plantes entières (ne pas couper — les racines contiennent aussi des fibres) quand les tiges commencent à jaunir. Les graines servent de nourriture (lin) ou ne sont pas mûres (chanvre).
  2. Séchage : laisser les tiges sécher debout en bottes pendant 1 à 2 semaines.
  3. Rouissage : étaler les tiges au sol, les retourner régulièrement. 3 à 5 semaines selon le climat. Le rouissage est terminé quand la tige se détache facilement des fibres.
  4. Teillage : casser les tiges longitudinalement et arracher les fibres. Battre les fibres (écangage) avec un bâton sur une pierre pour détacher les restes de bois.
  5. Peignage : passer les fibres dans un peigne à dents fines (fait en os, en bois ou en fer) pour séparer les fibres longues (l’étoupe) des fibres courtes (le tow). Les fibres longues feront le fil de chaîne, les fibres courtes le fil de trame.

Méthode 4 : Fibres de jonc et carex (vannerie et toiture)

  1. Récolte : couper les tiges de jonc ou les feuilles de carex près de la base, à la bonne saison (fin d’été pour le jonc, toute l’année pour le carex).
  2. Séchage : étaler les tiges et feuilles au soleil pendant 2 à 3 jours. Les retourner régulièrement.
  3. Trempage : avant utilisation, tremper les fibres dans l’eau pendant 30 minutes à 1 heure pour les assouplir. Les fibres sèches cassent, les fibres trempées se tressent.
  4. Utilisation directe : les joncs servent à faire des nattes, des paniers et des toitures de chaume. Les carex servent à remplir les interstices dans les constructions.

Variations par climat

En climat tempéré

  • L’ortie est la plante à fibres reine. Elle pousse partout, ses fibres sont solides, et la transformation est simple.
  • Le lin et le chanvre cultivés produisent les meilleures fibres pour le tissu.
  • Le tilleul et le saule fournissent des écorces faciles à travailler au printemps.

En climat tropical

  • L’abaca (bananier textile) fournit des fibres extrêmement solides. Extraire les fibres du pseudo-tronc en le raclant.
  • Le rotang (liane) fournit des liens extrêmement longs et flexibles. Le ramener du bord des rivières.
  • Le cocotier : les fibres de la coque de coco (coir) servent de cordage et de rembourrage.
  • L’ananas : les feuilles d’ananas fournissent une fibre fine et brillante (piña).

En climat désertique

  • Le palmier doum fournit des fibres foliaires solides.
  • L’agave et le yucca produisent des fibres dures et résistantes. Cuire les feuilles pour ramollir les fibres, puis les racler.
  • Le dattier : les fibres des palmes servent de liens et de vannerie.

En climat froid / boréal

  • L’ortie est disponible en été. Récolter en grande quantité et stocker.
  • Le saule et l’osier sont abondants le long des rivières et des lacs.
  • L’écorce de bouleau (voir Fabriquer de la colle naturelle) fournit aussi des liens solides.
  • Le lichen (mousse de renne) peut être trempé et filé en cordage d’urgence.

Pièges et erreurs courantes

  • Récolter trop tôt : les plantes récoltées avant maturité ont des fibres faibles et cassantes. Attendre que la tige soit épaisse et la fleur fanée.
  • Récolter trop tard : les plantes trop sèches ont des fibres cassantes. Si la tige se brise au lieu de se plier, les fibres sont perdues.
  • Sauter le rouissage : sans rouissage, les fibres restent collées à la partie ligneuse et sont impossibles à séparer proprement. Le rouissage est indispensable.
  • Rouir trop longtemps : les fibres trop rouies pourrissent et perdent leur solidité. Tester régulièrement.
  • Ne pas tremper avant tressage : les fibres sèches cassent en les pliant. Toujours tremper 30 minutes minimum avant de tresser ou tisser.
  • Brûler les fibres avec l’eau chaude : ne jamais tremper les fibres dans l’eau chaude, qui les fragilise. L’eau froide ou tiède uniquement.
  • Stockage humide : les fibres stockées humides moisissent. Les sécher complètement avant stockage et les garder au sec.

Une fois que vous savez faire ça, vous pouvez débloquer

Notes

  • L’ortie produit une fibre aussi solide que le chanvre et beaucoup plus facile à trouver en nature. C’est la plante à fibres numero un en survie.
  • Le lin est la plante à fibres la plus ancienne cultivée par l’humanité, il y a plus de 30 000 ans.
  • Les fibres végétales perdent environ 30 pour cent de leur solidité quand elles sont mouillées. Les cordages en fibre doivent être séchés après usage.
  • Le chanvre produit la corde naturelle la plus solide, résistante à l’eau de mer. C’est pourquoi les navires utilisaient du chanvre pendant des siècles.
  • Stocker les fibres séchées dans un endroit sec, au-dessus du sol, enveloppées dans de l’écorce ou du tissu. Les fibres bien stockées se conservent des années.

Ressources externes

  • Appropedia — tutoriels de transformation des fibres végétales
  • Survivor Library — manuels historiques de filage et de teillage (catégorie « Textiles »)
  • Low-tech Lab Wiki — guides de rouissage et de préparation des fibres naturelles