Fabriquer des raquettes de neige
Les raquettes de neige permettent de marcher sur la neige sans s'enfoncer, en répartissant le poids du corps sur une surface beaucoup plus grande que celle d'un pied nu. Sans elles, chaque pas dans la neige profonde engloutit les jambes jusqu'aux cuisses, épuisant en quelques minutes un marcheur qui pourrait sinon parcourir des kilomètres. Ce savoir, ancien de plusieurs millénaires, est l'une des adaptations les plus efficaces au froid nordique.
Pourquoi des raquettes de neige
Un homme de taille moyenne exerce sur la neige une pression d’environ 40 grammes par centimètre carré avec la plante de ses pieds. La neige fraîche ne supporte que 10 à 20 grammes par centimètre carré. Le résultat est immédiat : on s’enfonce. Les raquettes, en multipliant la surface d’appui par quatre à six, réduisent la pression en dessous du seuil d’affaissement. Marcher en raquettes consomme trois fois moins d’énergie que patauger dans la neige jusqu’aux genoux.
Choisir le bois
Le frêne est le meilleur bois pour les raquettes. Il est à la fois souple et résistant. Le bouleau convient aussi, particulièrement le bouleau jaune, plus dense. Le cèdre peut fonctionner en dernier recours mais casse plus facilement. Évitez absolument le pin et l’épicéa, trop cassants.
Repérage visuel du frêne
Le frêne commun a une écorce grise et lisse sur les jeunes sujets, qui se fissure en crêtes longitudinales with l’âge. Ses feuilles sont composées de 7 à 13 folioles dentées, disposées en face le long de la rame centrale. En hiver, repérez les gros bourgeons noirs veloutés et les rameaux épais. Le bois de frêne, une fois fendu, montre un aubier blanc crème et un duramen brun rosé.
Dimensions de la branche
Cherchez un tronc ou une grosse branche de frêne d’environ 8 à 12 centimètres de diamètre, bien rectiligne, sur au moins 2 mètres de longueur. La branche ne doit présenter ni nœud, ni courbure, ni blessure. Le bois idéal est vert, fraîchement coupé. Le bois sec fend mal et casse lors du cintrage.
Préparer les lattes
Étape 1 : Fendre le billot
- Posez le billot de frêne verticalement sur une souche plate.
- Placez un coin en bois dur dans le rayon central (le cœur du bois) et frappez avec une pierre lourde ou un maillet.
- Fendez progressivement en deux, puis en quatre, puis en huit.
- Sélectionnez les deux quartiers les plus réguliers, sans nœuds.
Étape 2 : Ébauchir les lattes
Pour une raquette de taille moyenne, visez les dimensions suivantes :
- Longueur : 80 à 100 centimètres
- Largeur maximale au milieu : 25 à 35 centimètres
- Épaisseur : environ 8 millimètres au centre, 12 millimètres aux extrémités
- À l’aide d’un couteau ou d’un éclat de silex bien tranchant, aplatissez chaque quartier pour obtenir une latte plate.
- Travaillez d’abord le côté extérieur (côté aubier) pour le rendre bien lisse.
- Amincissez le centre jusqu’à environ 8 millimètres d’épaisseur. C’est là que la latte devra fléchir le plus.
- Gardez les extrémités plus épaisses, vers 12 millimètres, pour la solidité de l’avant et de l’arrière.
Étape 3 : Cintrer les lattes
C’est l’opération la plus délicate. Le bois vert se plie à la vapeur. Sans chaudron métallique, utilisez la méthode suivante :
- Faites un grand feu et placez deux grosses pierres plates parallèles, assez éloignées pour y poser la latte au-dessus des flammes.
- Posez la latte sur les pierres et recouvrez-la de branches vertes humides pour créer un effet étuve.
- Maintenez la latte au-dessus de la chaleur pendant 30 à 45 minutes, en la retournant régulièrement. Le bois doit devenir très souple au toucher, presque caoutchouteux.
- Préparez un gabarit de cintrage : plantez des piquets en bois dur dans le sol selon la forme voulue (ovale allongé, pointu aux extrémités).
- Sortez la latte chaude et ployez-la autour du gabarit, en la fixant avec des cordages aux piquets.
- Laissez sécher en place pendant 24 à 48 heures. Ne précipitez pas cette étape.
Alternative sans feu : si vous avez accès à un cours d’eau, laissez les lattes tremper pendant 3 à 4 jours dans l’eau, puis pliez-les autour du gabarit. L’eau remplace la vapeur.
Étape 4 : Fixer les extrémités
Une fois la latte cintrée :
- Les deux bouts se rejoignent à l’arrière de la raquette. Chevillez-les l’un à l’autre avec une cheville en bois dur traversant les deux.
- Renforcez la liaison en l’entourant solidement de lanière de peau. Le nœud doit être plat pour ne pas accrocher sous la neige.
Ajouter les traverses
Les traverses sont les barres horizontales qui relient les deux bords de la raquette et sur lesquelles reposera le pied. Il en faut au moins deux, idéalement trois.
- Coupez des bâtons de frêne ou de bouleau de 2 centimètres de diamètre et de la largeur exacte de la raquette à l’endroit choisi.
- Insérez chaque traverse dans des encoches pratiquées dans les lattes de bord. L’entaille doit être à mi-bois : la moitié de l’épaisseur de la latte est enlevée, la traverse vient s’y emboîter.
- Fixez avec de la colle de résine si vous en avez, puis ligaturez avec du fin cordage végétal. Chaque traverse doit être sanglée à la latte par au moins six tours de corde, serrés au maximum.
Position des traverses :
- Traverse avant : environ au premier tiers de la longueur, sous la plante du pied.
- Traverse arrière : au deuxième tiers, juste derrière le talon.
- Traverse centrale (optionnelle) : entre les deux.
Tisser le filet
Le filet de la raquette est ce qui empêche la neige de remonter. Il est tissé entre les lattes et les traverses.
Matériau de tissage
Les meilleurs matériaux pour le filet sont :
- Des lanières de peau de cerf ou d’orignal, de 5 à 8 millimètres de large
- Des lanières de cuir brutnon tanné, qui se tendront en séchant
- Du cordage fort en fibres d’ortie ou de chanvre
Méthode de tissage
- Commencez par les bandes longitudinales, du talon vers la pointe.
- Passez une lanière autour de la latte arrière, fixez-la par un nœud plat.
- Tendez-la vers l’avant, en la passant alternativement au-dessus et au-dessous de chaque traverse.
- Arrivé à l’avant, entourez la pointe, et redescendez en parallèle, à environ 2 centimètres de la première bande.
- Continuez jusqu’à couvrir toute la surface entre les lattes.
- Répétez en bandes transversales, en passant au-dessus et au-dessous des bandes longitudinales. Le motif final doit ressembler à un quadrillage régulier, dont les mailles font environ 3 à 4 centimètres de côté.
Le tissage doit être très tendu. La neige fine passera à travers les mailles, mais la neige croûtée et la neige poudreuse seront suffisamment soutenues.
Traitement du filet
Une fois le filet terminé, enduisez-le de résine de conifère chaude pour le rendre étanche et le protéger de l’humidité. Appliquez au pinceau de mousse ou au doigt (attention aux brûlures).
Fabriquer les attaches
Les attaches maintiennent le pied sur la raquette. Elles doivent :
- Maintenir fermement le pied
- Permettre de lever le talon à chaque pas (la marche en raquette se fait en glissant l’avant du pied vers l’avant)
- Se dégager rapidement en cas de chute
Fixation centrale
- Prenez une large lanière de cuir ou un tressage de fibres épaisses.
- Fixez-la sur la traverse avant, exactement sous l’avant de la voûte plantaire.
- Créez une boucle qui passe sur le-dessus du pied, comme une sangle de sandale.
- Ajoutez une seconde sangle qui part de la même traverse, passe derrière le talon et revient s’attacher sur le dessus du pied.
Fixation arrière
Une lanière plus légière, attachée à la traverse arrière, passe sur le dessus du pied pour empêcher le talon de rebondir.
Point crucial
La fixation doit être ajustée de manière que le talon puisse se soulever librement. Le pied ne doit jamais être verrouillé à plat sur la raquette. C’est le mouvement de bascule talon-vers-le-haut qui permet la démarche naturelle en raquettes.
Marcher en raquettes
La démarche en raquettes diffère de la marche normale :
- Écartez légèrement les pieds, plus que d’habitude, pour éviter que les raquettes ne se marchent dessus.
- Levez bien les genoux à chaque pas.
- Faites glisser la raquette vers l’avant plutôt que de la poser brutalement.
- Dans une pente montante, plantez la pointe dans la neige et appuyez.
- Dans une pente descendante, gardez les genoux fléchis et laissez la raquette glisser.
Entretien en marche
- Si la neige s’accumule sous la raquette, frappez-la contre un arbre ou une pierre.
- Si une lanière du filet casse, remplacez-la immédiatement avec un bout de cuir.
- Le soir, suspendez les raquettes hors de portée de l’humidité du sol et des rongeurs.
Variantes régionales
Raquette en queue d’hirondelle
Plus longue et plus étroite, avec un prolongement arrière en forme de queue. Excellente en terrain vallonné et pour la chasse, car elle s’oriente mieux dans les virages.
Raquette en ovale court
Plus large et plus courte. Idéale en terrain plat, dans la neige très profonde et poudreuse. Porte mieux mais vire moins bien.
Raquette en forme de raifort
La plus petite, utilisée en terrain entrecoupé et en forêt dense. Plus maniable mais moins portante.