Fabriquer des vêtements de fortune

En une phrase

Se protéger du froid, du soleil et des blessures avec ce que la nature fournit : peaux, écorces, fibres et feuilles assemblées en vêtements rudimentaires mais efficaces.

Comment ça marche

Qu’est-ce que c’est ?

Fabriquer des vêtements de fortune, c’est transformer les matériaux trouvés dans la nature en couvertures pour le corps qui protègent du froid, du vent, de la pluie, du soleil et des égratignures. Sans vêtements, un humain meurt d’hypothermie en quelques heures par temps froid, et brûle sous le soleil en quelques jours.

Les vêtements de fortune ne sont ni beaux ni confortables. Ils sont fonctionnels : ils couvrent la peau, isolent du froid, protègent des rayons du soleil, et empêchent les branches et les rochers de déchirer la peau. Avec du temps et de la pratique, on peut fabriquer des vêtements qui tiennent plusieurs semaines.

Où trouver les matériaux ?

Pour fabriquer des vêtements, il faut trois choses : une matière qui couvre, un moyen de l’assembler, et un moyen de la fixer au corps.

Matières couvrantes :

  • Peaux d’animaux : la meilleure matière. Voir Tannage des peaux pour la préparation. Une peau de chevreuil, de cerf, ou de mouton donne un vêtement souple et chaud. Les peaux plus épaisses (boeuf, cheval) font de bonnes semelles de chaussures ou des protections solides.
  • Écorce interne : l’écorce de certains arbres (tilleul, saule, cèdre) contient une couche fibreuse souple. Chez les peuples autochtones d’Amérique du Nord, l’écorce de cèdre rouge était battue et assouplie pour fabriquer des vêtements entiers. Pour la détacher, on incise l’écorce en longueur et on tire doucement. On la ramollit en la trempant dans l’eau pendant une journée, puis on la bat avec une pierre ronde pour l’assouplir.
  • Feuilles larges : les feuilles de bananier, de palme, de figuier, ou de toute plante à feuilles de plus de 30 centimètres de long. On les coud ensemble en les chevauchant comme des tuiles. Elles ne durent que quelques jours mais dépannent bien.
  • Herbes et joncs : tressés, ils forment des nattes que l’on peut attacher autour du corps. Le tressage en queue de poisson donne une natte souple qui épouse le corps.
  • Mousse et lichen : en climat froid, la mousse sèche peut être glissée entre deux couches de peau pour isoler. C’est l’ancêtre du duvet.

Moyens d’assemblage :

  • Couture avec fibres : voir Fabriquer des cordages pour fabriquer du fil. Le fil de chanvre, d’ortie, ou de nerf d’animal est assez solide pour coudre. On utilise une aiguille en os (fabriquée en frottant un fragment d’os sur une pierre rugueuse) ou en bois dur.
  • Ligature : attacher les pièces ensemble avec des lanières de peau, des liens de fibre, ou des racines souples. Plus rapide que la couture, moins solide.
  • Tressage : entrelacer les fibres directement pour créer un tissu sans couture. Demande plus de temps mais produit un vêtement plus souple.

Pour fabriquer une aiguille en os :

  1. Trouver un os long d’un petit animal (oiseau, lapin).
  2. Le briser pour obtenir un éclat fin et pointu.
  3. Frotter l’éclat sur une pierre abrasive jusqu’à obtenir une forme d’aiguille, fine et pointue à un bout, plate à l’autre.
  4. Pour le trou, utiliser une pierre pointue ou un éclat de silex pour percer un petit oeillet près du bout plat. Tourner l’outil en appuyant doucement. Cela prend 30 à 60 minutes par aiguille.
  5. Polir l’aiguille sur la pierre abrasive pour enlever les aspérités.

Comment l’utiliser ?

Un vêtement de fortune se porte comme n’importe quel vêtement, mais il faut en prendre soin. Les peaux non tannées pourrissent rapidement si elles restent humides. Les fibres végétales s’effilochent. Les réparations sont fréquentes.

Étapes détaillées

Vêtement 1 : Le pagne (couvre-sexe)

C’est le premier vêtement à fabriquer. Il protège les parties intimes des égratignures, des insectes et du froid.

Avec une peau d’animal :

  1. Prendre une peau de petit animal (lapin, écureuil) ou un morceau de peau plus grande.
  2. La couper en rectangle d’environ 30 par 60 centimètres avec un galet tranchant ou un couteau de pierre (voir Tailler la pierre).
  3. Faire un trou de chaque côté en haut du rectangle. Les trous doivent être à 2 centimètres du bord pour ne pas déchirer.
  4. Passer un lien (corde de fibre, lanière de peau) dans les trous.
  5. Enrouler le rectangle autour du bassin et nouer le lien à la taille.

Avec des feuilles :

  1. Choisir des feuilles larges et souples de plus de 30 centimètres de long.
  2. Les chevaucher en les superposant de 5 centimètres.
  3. Percer deux trous à chaque chevauchement avec une épine ou un bout de bois pointu.
  4. Passer un fil de fibre dans les trous pour accrocher les feuilles ensemble.
  5. Attacher l’ensemble à la taille avec un lien.

Vêtement 2 : La cape ou le manteau

Une cape couvre le torse, les épaules et le haut des bras. C’est le vêtement le plus simple et le plus efficace contre le froid.

Manteau en peau :

  1. Prendre une grande peau (cerf, chèvre, mouton). Si elle est fraîchement tannée, elle est souple. Si elle est sèche, la tremper dans l’eau tiède pendant 2 heures pour l’assouplir.
  2. L’étendre au sol. Avec un silex ou un éclat de verre, découper la forme suivante : un grand rectangle de la largeur des épaules étendues (environ 1m20) et de la longueur de la nuque aux genoux (environ 1m). En haut, découper un demi-cercle pour le cou. Sur les côtés, laisser deux rectangles de 30 par 40 centimètres qui seront les manches.
  3. Plier le rectangle en deux dans le sens de la longueur.
  4. Coudre les côtés (sauf les emplacements des bras) avec du fil de nerf ou de fibre végétale. Les points doivent être serrés et rapprochés (un point tous les 5 millimètres).
  5. Faire deux trous de chaque côté du col pour passer un lien qui maintiendra le manteau sur les épaules.
  6. Pour l’isolation, glisser de la mousse sèche ou de la laine entre la cape et le corps.

Cape en écorce :

  1. Récolter une longue bande d’écorce interne de tilleul ou de saule (au moins 1m de long, 60cm de large).
  2. Tremper dans l’eau pendant 4 heures.
  3. Battre avec une pierre ronde ou un bâton pour assouplir.
  4. Drapez sur les épaules et attacher avec un lien au cou.

Vêtement 3 : Les jambières

Les jambières protègent les mollets des égratignures, des morsures d’insectes et du froid.

  1. Découper deux rectangles de peau de 20 centimètres de large et de la longueur du genou à la cheville (environ 50 centimètres).
  2. Faire trois à quatre trous de chaque côté du rectangle (en haut, au milieu, en bas).
  3. Placer le rectangle contre la jambe.
  4. Passer des liens dans les trous et serrer.
  5. Nouer les liens à l’extérieur de la jambe.

Vêtement 4 : Le couvre-chef

Essentiel contre le soleil (coups de chaleur) et le froid (la tête perd beaucoup de chaleur).

Bonnet en peau :

  1. Prendre un morceau de peau de 40 par 40 centimètres.
  2. Le poser sur la tête et ramener les coins vers le haut.
  3. Attacher les coins ensemble au sommet avec un lien.
  4. Rétracter l’excédent en fronçant et en cousant.

Chapeau de feuilles tressées :

  1. Récolter des feuilles longues et souples (palme, jonc, herbe large).
  2. Voir Fabriquer des cordages pour la technique de tressage à trois brins.
  3. Tresser un cercle plat de 30 centimètres de diamètre pour le dessus.
  4. Continuer le tressage en le relevant sur les bords pour former les côtés du chapeau.
  5. Attacher un lien sous le menton.

Vêtement 5 : Les moufles (pour le froid extrême)

Sans gants, les mains perdent leur dextérité en quelques minutes par grand froid.

  1. Découper un rectangle de peau de 15 par 30 centimètres.
  2. Le plier en deux dans le sens de la longueur.
  3. Coudre le côté long, en laissant une ouverture de 5 centimètres pour le pouce au coin.
  4. Retourner la moufle (couture à l’intérieur).
  5. Rembourrer de mousse sèche ou de laine pour l’isolation.

Variations par climat

En climat froid (toundra, montagne) :

  • Multiplier les couches : une peau contre la peau, de la mousse entre les couches, une autre peau à l’extérieur.
  • L’isolation est plus importante que l’imperméabilité.
  • Le piège à éviter : transpirer. Si on transpire, les vêtements internes se mouillent et refroidissent le corps. Mettre assez de vêtements pour être au chaud, pas pour avoir chaud.
  • Les moufles sont plus efficaces que les gants doigt par doigt car les doigts se réchauffent mutuellement.

En climat chaud (désert, savane) :

  • Des vêtements amples et couvrants protègent mieux du soleil que la peau nue.
  • Le lin et le coton sont les meilleures fibres quand on sait les cultiver (voir Cultiver la terre).
  • En attendant, des feuilles chevauchées ou une cape fine en peau retournée (côté poil à l’intérieur) protègent du soleil.
  • Un couvre-chef est indispensable : le coup de chaleur tue en quelques heures.

En climat tropical (forêt humide) :

  • Les vêtements protègent des morsures de serpent, d’insectes et de sangsues.
  • Préférer des jambières serrées et une tunique courte.
  • Ne pas porter de vêtements trop serrés qui retiennent l’humidité.

En climat tempéré :

  • Avoir des vêtements qu’on peut mettre en couches et retirer selon la température du moment.
  • Garder toujours un vêtement de pluie (peau imperméabilisée avec de la graisse) dans son sac.

Pièges et erreurs courantes

  • Coudre trop serré : cela déchire la peau. Les points doivent être espacés de 5 millimètres, pas moins.
  • Utiliser du fil trop épais : un fil trop gros fait des trous dans la peau. Le fil doit être fin mais solide. Le nerf d’animal est idéal quand il est bien préparé.
  • Ne pas traiter la peau : une peau fraîche non tannée pourrit en 3 à 5 jours. Même un tannage rudimentaire (voir Tannage des peaux) prolonge la durée de vie à plusieurs semaines.
  • Oublier l’isolation du sol : la nuit, le froid monte du sol. Un matelas de mousse, de feuilles sèches ou d’herbes est aussi important que les vêtements pour ne pas geler.
  • Mettre des vêtements mouillés : un vêtement mouillé refroidit le corps 25 fois plus vite que la peau nue. Si les vêtements sont mouillés, les enlever, les essorer, les sécher au feu, et se sécher soi-même avant de les remettre.
  • Couper la peau dans le sens des fibres : la peau se déchire facilement dans le sens de la coupe. Toujours couper en arrondi pour les emmanchures et les encolures, jamais en angle droit.

Une fois que vous savez faire ça, vous pouvez débloquer

Notes

  • Un vêtement de fortune n’est jamais terminé. Il se déchire, se détend, se pourrit. Il faut le réparer constamment. Garder toujours du fil et des morceaux de peau pour les réparations.
  • Pour imperméabiliser une peau, l’enduire de graisse animale (surtout la graisse de mouton ou d’ours). La graisse repousse l’eau.
  • Les nerfs des pattes arrière des grands animaux font les meilleurs fils à coudre. Les sécher, les tremper, les séparer en fibres fines.
  • Les os longs d’oiseau font les meilleures aiguilles : ils sont creux, fins, et déjà pointus une fois cassés.