Fabriquer un arc et des flèches
Résumé
L’arc est l’arme de chasse la plus polyvalente et la plus efficace que l’on puisse fabriquer sans métal. Il permet de chasser à distance sans s’approcher du gibier, réduisant les risques de blessure. Un arc bien fait peut rester fonctionnel des années. Ce guide couvre la sélection du bois, le façonnage de l’arc, la fabrication des flèches et le tir de base.
Choisir le bois pour l’arc
Essences recommandées par ordre de qualité
L’if est le meilleur bois d’arc connu : sa structure naturelle sépare le bois de compression (aubier clair) du bois de tension (bois de coeur rouge), ce qui en fait un arc parfait tel quel. Le frêne est excellent et largement disponible en Europe et en Amérique du Nord. Le noisetier est facile à trouver et à travailler, idéal pour un premier arc. L’orme est solide mais plus difficile à façonner. Le châtaignier et le robinier (faux-acacia) sont aussi utilisables.
Sélection de la branche ou du tronc
Choisir un arbre ou une branche droite, sans noeuds visibles, sans torsion, d’un diamètre d’environ 10 à 12 centimètres. Le bois vert (fraîchement coupé) est plus facile à travailler mais devra être séché. Le bois sec peut être utilisé immédiatement mais est plus dur à sculpter. Si on utilise du bois vert, couper la section souhaitée, écorcer immédiatement, et laisser sécher à l’ombre pendant 2 à 4 semaines, pas en plein soleil.
La longueur idéale de l’arc dépend de la taille du tireur : mesurer la distance entre le bout du poing gauche tendu et le menton, puis ajouter 30 centimètres. Un adulte moyen visera un arc de 150 à 180 centimètres. Plus l’arc est long, plus il est indulgent et stable. Un arc court est plus nerveux mais plus difficile à maîtriser.
Façonner l’arc
Étape 1 : Ébauchage du fût
Couper une section de bois de la bonne longueur. Écorcer soigneusement avec un couteau ou un outil tranchant en pierre Fabriquer un outil tranchant en pierre. L’écorce retient l’humidité et pourrit le bois si on la laisse. Marquer le centre de l’arc : c’est le point de saisie (poignée). Les deux branches doivent être symétriques de part et d’autre.
Étape 2 : Réduction progressive
Poser l’ébauche sur un support stable. Avec un outil tranchant, réduire l’épaisseur des deux branches en travaillant des deux côtés. L’objectif est d’obtenir un profil où l’épaisseur diminue progressivement de la poignée (la plus épaisse, environ 3 à 4 centimètres) vers les extrémités (environ 1 centimètre). Ne jamais creuser le ventre de l’arc (le côté qui fait face au tireur) trop rapidement. Enlever le bois par fines couches successives.
Le dos de l’arc (le côté qui fait face à la cible) ne doit jamais être coupé ni raccourci : il s’étire au bandage. Travailler uniquement le ventre pour réduire l’épaisseur. Si le dos est entamé, l’arc cassera à cet endroit. Sur un arc en if, laisser l’aubier clair intact du côté dos.
Étape 3 : Tillering — tester la courbure
C’est l’étape critique. Fabriquer un tillering stick : un bâton avec des encoches tous les 5 centimètres, fixé verticalement. Placer la poignée de l’arc au niveau du crochet du tillering stick et tirer la corde doucement vers soi en l’accrochant progressivement dans les encoches supérieures.
Observer la courbure : chaque branche doit courber uniformément, sans point de flexion localisé (charnière). Si une zone plie trop, elle est trop fine : enlever du bois des zones plus rigides pour équilibrer. Si une zone reste rigide, retirer du bois au ventre dans cette zone. Ne jamais enlever trop de bois d’un coup. Continuer jusqu’à ce que l’arc puisse être bandé à un encombrement d’environ 15 à 18 centimètres (distance entre la corde et la poignée au repos).
Étape 4 : Encoches et finitions
Creuser deux encoches aux extrémités pour recevoir la corde. Les encoches doivent être du côté ventre de l’arc, en forme de V ou de U, d’environ 5 millimètres de profondeur. Ne pas affaiblir les extrémités en creusant trop. Pour un arc en If, les encoches existent naturellement dans la structure.
Poncer tout l’arc avec du sable fin ou de la pierre abrasive pour éliminer les marques de couteau. Les irrégularités créent des points de concentration de contrainte qui mènent à la cassure. Appliquer une couche d’huile (graisse animale, huile de lin) ou de cire Fabriquer de la cire pour imperméabiliser le bois.
Fabriquer la corde de l’arc
Méthode de la cordelette torsadée
Utiliser des fibres végétales Fabriquer des cordages : ortie, lin, chanvre, ou des tendons d’animaux. La corde d’arc doit être plus solide qu’une corde ordinaire. Prendre un faisceau de fibres et le diviser en deux parties égales. Torsader chaque partie individuellement dans le sens horaire, puis torsader les deux parties ensemble dans le sens inverse (anti-horaire). La contre-torsion maintient la corde stable.
Former une boucle à chaque extrémité en repliant la corde sur elle-même et en l’entourant de ficelle fine pour verrouiller. La boucle supérieure doit être suffisamment grande pour passer par-dessus l’extrémité de l’arc lors du bandage. Appliquer de la cire d’abeille ou de la résine fondue sur la corde pour la protéger de l’humidité.
La corde doit être plus courte que l’arc de 10 à 15 centimètres pour créer le bandage correct. Trop tendue, l’arc fatigue vite. Trop lâche, le tir manque de puissance.
Fabriquer les flèches
Le fût de flèche
Le bois idéal pour les flèches est le bois de flèche (le naturel), sinon utiliser des pousses droites de noisetier, d’aulne ou de frêne. La longueur standard est d’environ 70 à 80 centimètres, d’un diamètre de 8 à 10 millimètres.
Couper des pousses droites en hiver quand la sève est descendue. Les écorcer immédiatement. Les sécher horizontalement, suspendues par les deux bouts pour éviter les courbures. Si une flèche séchée est courbée, la redresser en la chauffant doucement au-dessus d’un feu Faire du feu et en la pliant dans le sens inverse, puis en la maintenant droite pendant le refroidissement.
L’empennage — stabiliser la flèche en vol
L’empennage est essentiel : sans plumes, la flèche vole de manière erratique. Collecter les plumes primaires des ailes d’oiseaux (les plus grandes). Les plumes de dindon, oie, ou canard sont idéales. Si on n’a pas de plumes d’oiseau, utiliser des feuilles fines et rigides.
Couper trois lamelles de plume par flèche, d’environ 8 à 12 centimètres de long. Attacher les trois plumes à égale distance (120 degrés) autour de l’extrémité arrière du fût. Les coller avec de la résine de pin chauffée ou de la colle de tendon Fabriquer de la colle naturelle. Les renforcer en les fixant avec du fil fin aux deux bouts de l’empennage. Les plumes sont disposées parallèlement au fût, jamais enroulées autour.
Les pointes de flèche
Pointe en silex
Tailler un éclat de silex en forme de feuille allongée ou de triangle Tailler la pierre. La pointe mesure 3 à 7 centimètres de long. Créer une encoche en V à l’extrémité avant du fût, y insérer la pointe, l’emballer de fil fin et la fixer avec de la résine fondue. La pointe doit être solidement maintenue car elle doit résister à l’impact.
Pointe en os
L’os peut être taillé en pointe en le frottant sur une pierre abrasive. Chauffer légèrement l’os pour le durcir. Les pointes en os sont moins tranchantes que le silex mais plus résistantes au choc.
Pointe en bois durci
Enferrer l’extrémité du fût dans le feu pour la carboniser et la durcir. Affuter avec un galet abrasif. Efficace contre le petit gibier mais se casse facilement sur les os des grands animaux.
L’encoche de corde
Creuser une encoche en V à l’extrémité arrière du fût (côté empennage), du côté opposé à une plume. L’encoche doit accueillir la corde de l’arc sans jeu mais sans serrer. L’approfondir progressivement avec un couteau fin. Une encoche trop profonde affaiblit la flèche, une encoche trop étroite empêche le tir.
Bander l’arc et tirer
Bandage de l’arc
Passer la boucle inférieure de la corde sur l’encoche inférieure de l’arc. Placer le bas de l’arc sur le sol, derrière le pied. Tenir le haut de l’arc avec la main gauche. Placer la boucle supérieure de la corde sur le genou droit et pousser l’arc vers l’avant avec la main gauche tout en glissant la boucle dans l’encoche supérieure avec la main droite. Ne jamais forcer : si le bandage est trop difficile, l’arc est trop raide ou la corde trop courte.
Position de tir
Se placer de profil par rapport à la cible, pieds écartés de la largeur des épaules. L’arc tenu dans la main non dominante (main d’arc), la flèche encochée sur la corde. La main de corde saisit la corde avec deux ou trois doigts (index, majeur, annulaire) sous la flèche. Tirer la corde vers l’arrière jusqu’à ce que la main de corde touche le menton. Viser instinctivement en alignant la pointe de la flèche avec la cible. Relâcher la corde en ouvrant les doigts, sans bouger le reste du corps.
Entraînement
Commencer à 10 mètres sur une cible en paille ou en terre. Tirer 50 flèches par séance. Augmenter la distance de 5 mètres quand 80 pour cent des flèches touchent la cible. La précision vient de la répétition, pas de la force. Un tireur régulier peut chasser efficacement à 20 mètres.
Entretien
Détendre la corde de l’arc après chaque utilisation pour prolonger sa durée de vie. Stocker l’arc dans un endroit sec et tempéré, jamais en plein soleil ni près d’une source de chaleur directe. Huiler le bois régulièrement. Remplacer la corde dès qu’elle montre des signes d’usure. Vérifier les flèches avant chaque tir : une flèche fêlée peut se briser au tir et blesser la main d’arc.