Récupérer et filtrer l’eau de pluie
En une phrase
L’eau de pluie est la source d’eau la plus pure dans la nature — savoir la capter, la stocker et la filtrer transforme n’importe quel toit ou feuille en robinet, et c’est souvent plus sûr que de boire l’eau des rivières.
Qu’est-ce que c’est ?
Récupérer l’eau de pluie, c’est capter les précipitations avant qu’elles ne touchent le sol, les diriger vers un récipient, et les filtrer si nécessaire pour les rendre potables. L’eau de pluie est naturellement douce (presque sans minéraux) et, tant qu’elle n’a pas ruisselé sur des surfaces contaminées, elle est plus propre que l’eau de rivière.
En situation de survie, l’eau de pluie est la seconde source d’eau la plus accessible après les cours d’eau, et la première en sécurité bactérienne — si on la capte correctement.
Ce guide complète Trouver de l’eau potable en traitant spécifiquement la collecte, le stockage et la filtration de l’eau de ruissellement.
Où trouver/fabriquer
Les surfaces de captage
Toute surface inclinée et lisse peut servir de capteur d’eau de pluie :
- Les toits : un abri en feuilles, en écorce ou en toiture, même rudimentaire, capte l’eau.
- Les grandes feuilles : les feuilles de bananier, de palmier, de bardane, de rhubarbe sauvage, les feuilles larges de toutes les plantes géantes. Même les feuilles de chêne ou de hêtre conviennent si elles sont disposées en tuiles.
- L’écorce : les écorces de bouleau, de cèdre et de pin sont naturellement imperméables et se détachent en grandes feuilles.
- Le tissu : un vêtement, une couverture, un pagne en cuir — tout tissu tendu en entonnoir capte l’eau. L’eau filtre à travers le tissu (ce qui la pré-filtre) mais le débit est lent.
- La roche plate : les surfaces rocheuses inclinées sont d’excellents collecteurs. Creuser un petit canal à la base de la roche pour diriger l’eau.
Les conditions idéales
- Les pluies prolongées (pluie fine et continue) sont les plus productives.
- Les orages courts donnent beaucoup d’eau en peu de temps — il faut de grands capteurs.
- La brume et le brouillard peuvent être captés avec un tissu tendu (voir section « Captage du brouillard »).
Comment utiliser
Le principe de base : entonnoir et récipient
Le système le plus simple est un entonnoir qui dirige l’eau vers un récipient.
- Incliner la surface : toute surface de captage doit être inclinée vers le récipient. Un angle de 30 à 45 degrés est idéal.
- Étanchéifier : si la surface fuit, renforcer avec des feuilles superposées, de la mousse, ou de l’argile.
- Sceller les joints : si on assemble plusieurs feuilles, les chevaucher comme des tuiles et les ligaturer avec des cordages.
- Placer le récipient : au point le plus bas de l’entonnoir, placer un récipient (creux dans une pierre, récipient d’écorce, poterie, tronc d’arbre creusé).
Étapes détaillées
Système 1 : Le capteur à feuilles (le plus simple)
- Trouver une grande feuille : bananier, bardane géante, rhubarbe, ou assembler plusieurs feuilles moyennes.
- Plier la feuille en entonnoir : plier les bords pour créer un canal qui dirige l’eau vers un point central.
- Fixer : attacher la feuille à des branches avec des cordages ou des tiges d’herbe. L’extrémité pointe vers le récipient.
- Placer le récipient : dessous. Un bon système de feuilles produit 1 litre d’eau par heure de pluie modérée.
Système 2 : Le capteur à écorce
- Découper une grande feuille d’écorce : l’écorce de bouleau se pèle en grandes feuilles flexibles. L’écorce de cèdre aussi.
- Rouler en gouttière : rouler l’écorce en forme de gouttière (un demi-cylindre). Fixer avec des épingles en épine ou des cordages.
- Poser sur un cadre : deux piquets inclinés, la gouttière posée dessus, le bas dirigé vers le récipient.
- Relier : si on a plusieurs gouttières, les emboîter les unes dans les autres pour faire un tuyau plus long.
Système 3 : Le capteur en parapluie de tissu
- Étendre un vêtement ou un tissu entre quatre piquets, en creusant le centre pour créer un entonnoir.
- Attacher les quatre coins aux piquets avec des cordages.
- Percer un petit trou au centre du tissu (si le tissu est suffisamment épais pour que l’eau ne s’échappe pas par les bords).
- Placer un récipient sous le trou central.
Système 4 : La citerne en terre (stockage long terme)
Pour stocker l’eau de pluie sur plusieurs semaines :
- Creuser un trou de 50 cm de diamètre et 50 cm de profondeur dans un sol argileux.
- Tapisser les parois d’argile pure mélangée à un peu d’eau, lissée avec les mains. L’argile crue séchée au soleil est semi-imperméable.
- Cuir les parois (mieux) : faire un petit feu dans le trou pour cuire l’argile et la rendre imperméable. Voir Fabriquer de la poterie.
- Couvrir : placer un couvercle de bois ou de grandes feuilles par-dessus pour éviter que les insectes et les feuilles ne tombent dedans.
- Ajouter un capteur : installer un système de gouttières qui dirige l’eau de pluie vers la citerne.
Système 5 : Le captage de brouillard
Dans les zones où il y a du brouillard fréquent (côtes, montagnes, forêts nuageuses), on peut capter l’eau du brouillard :
- Tendre un tissu ou un filet entre deux poteaux, en travers du vent dominant. Le filet doit avoir des mailles fines (1 a 5 mm).
- Le brouillard se condense sur les fils du filet et forme des gouttelettes.
- Les gouttelettes coulent le long du tissu ou du filet jusqu’à un collecteur en bas.
- Un filet de 2m x 2m dans une zone brumeuse peut produire 2 à 10 litres d’eau par jour.
Filtration de l’eau de pluie
L’eau de pluie captée directement est potable sans filtration. Mais si l’eau a ruisselé sur un toit, des feuilles, ou du sol, elle peut contenir des bactéries, des insectes, et des débris.
Le filtre à couches (le plus efficace)
- Prendre un récipient percé : un fond de bouteille, un pot percé, un tronc creusé avec un trou en bas.
- Remplir par couches de bas en haut :
- Couche 1 (5 cm) : petites pierres et gravier — retient les gros débris.
- Couche 2 (5 cm) : sable fin — retient les particules.
- Couche 3 (3 cm) : charbon de bois pilé — absorbe les toxines et les bactéries (voir Fabriquer du charbon de bois).
- Couche 4 (5 cm) : sable fin — filtre les résidus de charbon.
- Couche 5 (3 cm) : petites pierres — empêche le sable de se disperser.
- Verser l’eau lentement par le haut. L’eau filtrée sort par le trou du bas.
- Les premières eaux sortent troubles. Jeter les 2 premiers litres, puis l’eau devient claire.
La filtration par ébullition (la plus sûre)
- Faire bouillir l’eau pendant au moins 3 minutes à ébullition continue (5 minutes en altitude au-dessus de 1000m).
- Laisser refroidir et laisser les sédiments se déposer au fond.
- Transvaser doucement l’eau claire dans un autre récipient, en laissant les sédiments au fond.
- Voir Trouver de l’eau potable pour plus de détails sur la purification.
Le filtre en tissue (le plus rapide)
- Étendre un vêtement propre (coton de préférence) sur un récipient.
- Verser l’eau à travers le tissu. Le tissu retient les particules visibles mais pas les bactéries.
- Toujours faire bouillir l’eau filtrée au tissu si on n’est pas certain de sa propreté.
Stockage de l’eau
L’eau stockée peut se contaminer en quelques jours. Voici les règles de stockage :
- Couvercle : toujours couvrir le récipient pour empêcher les insectes et les débris.
- Ombre : stocker à l’ombre. La lumière favorise la croissance des algues et des bactéries.
- Froid : plus l’eau est fraîche, plus elle se conserve longtemps.
- Charbon : ajouter un morceau de charbon de bois dans le récipient. Le charbon absorbe les odeurs et certaines bactéries.
- Durée : l’eau de pluie captée directement se conserve 3 à 5 jours. Au-delà, la faire bouillir à nouveau.
Variations par climat
En climat tropical humide
- La pluie est abondante et régulière. Les systèmes de captage sont productifs presque tous les jours.
- Les feuilles de bananier et de palmier sont d’excellents capteurs (1 à 2 mètres de long).
- Attention aux moustiques : couvrir tous les récipients. L’eau stagnante est un nid à moustiques.
- Les récipients en bambou (un tronc de bambou coupé entre deux noeuds) sont des réservoirs naturels.
En climat désertique
- La pluie est rare mais les averses sont souvent violentes. Les capteurs doivent être grands et prêts à l’avance.
- Les surfaces rocheuses sont les meilleurs capteurs naturels. Chercher les canyons, les parois lisses, les dalles inclinées.
- Le brouillard côtier peut fournir de l’eau quotidiennement (côtes du Pérou, Namibie, californie).
- L’eau de pluie du désert est souvent contaminée par la poussière. Toujours filtrer et bouillir.
En climat froid/boréal
- La neige et la glace sont des sources d’eau importantes. Voir section suivante.
- Le captage de la pluie fonctionne en été. En hiver, utiliser la neige et la glace.
- Attention : manger de la neige froide consomme plus de calories que l’eau qu’elle fournit. Toujours faire fondre la neige avant de boire.
En zone côtière
- La pluie côtière est abondante. Les toits et les surfaces de captage sont efficaces.
- Ne jamais boire l’eau de mer — elle contient trop de sel et déshydrate.
- Le brouillard côtier est une excellente source d’eau avec un capteur à filet.
La neige et la glace comme source d’eau
- Faire fondre la neige : ne jamais manger de la neige directement (trop froid, consomme de l’énergie corporelle). La faire fondre dans un récipient près du feu.
- Méthode du sac : remplir un sac en tissu de neige et le suspendre au-dessus d’un récipient. La neige fond lentement au soleil ou près du feu.
- Fonte passive : étaler la neige sur une surface sombre (roche noire, tissu foncé) au soleil. La neige fond et l’eau s’écoule vers le récipient.
- Glace vs neige : la glace donne plus d’eau que la neige pour le même volume. Un bloc de glace de 1 litre donne environ 1 litre d’eau. Un litre de neige donne environ 100 à 200 ml d’eau.
- Glace de mer : la glace de mer ancienne (bleutée, opaque) a perdu une grande partie de son sel et est presque potable. La glace nouvelle (blanche, cristalline) est aussi salée que l’eau de mer. Ne pas boire la glace nouvelle.
Pièges et erreurs courantes
- Boire l’eau de ruissellement sans la filtrer : l’eau qui a coulé sur un toit, des feuilles, ou du sol peut contenir des bactéries fécales, des parasites, et des produits chimiques naturels. Toujours filtrer et bouillir.
- Oublier de jeter les premières eaux de pluie : les premières minutes de pluie lavent la poussière et les pollens accumulés. Rincer le capteur en laissant s’écouler les premiers litres avant de collecter.
- Laisser l’eau stagner : l’eau stagnante se contamine en 2 à 3 jours. Bouillir avant de boire si l’eau a plus de 48 heures.
- Stocker l’eau dans un récipient contaminé : un récipient qui a contenu de la graisse, du sang, ou des restes alimentaires contamine l’eau. Nettoyer avec du sable et de l’eau bouillante avant de stocker.
- Collecter l’eau de pluie après une longue sécheresse : les premiers millimètres de pluie après une période sèche sont les plus pollués (poussière, pollens, excréments d’oiseaux). Laisser s’écouler les 10 premiers minutes de pluie.
- Fondre la neige sans récipient : la neige fond au contact de la peau et la chaleur corporelle, refroidissant le corps. Toujours faire fondre dans un récipient près d’une source de chaleur.
Une fois que vous savez faire ça, vous pouvez débloquer
- Trouver de l’eau potable — la récupération de pluie complète les autres sources
- Fabriquer de la poterie — les récipients en terre cuite sont essentiels pour stocker et bouillir l’eau
Notes
- Un toit de 2m x 3m capte environ 6 litres d’eau pour 1 mm de pluie. Une pluie modérée de 10 mm donne 60 litres.
- L’eau de pluie ne contient presque pas de minéraux. Boire uniquement de l’eau de pluie pendant des semaines peut causer des carences. Ajouter une pincée de cendres de bois (source de calcium et de potassium) ou de sel (voir Extraire le sel).
- Les gouttières en écorce de bouleau sont un classique des cultures nordiques. Elles durent des semaines et sont étanches naturellement.
- La condensation sur les plantes le matin (la rosée) peut aussi être collectée en passant un tissu sur les feuilles et en le tordant dans un récipient. Voir Trouver de l’eau potable.