Préparer des remèdes de base avec les plantes

Abstract

Les remèdes de base aux plantes sont les premiers médicaments accessibles sans aucune infrastructure : des infusions, cataplasmes, décoctions et onguents préparés à partir de plantes sauvages connues, capables de traiter la douleur, la fièvre, les infections superficielles, les troubles digestifs et les blessures.

Qu’est-ce que c’est ?

La phytothérapie de survie n’est pas la médecine moderne — c’est un ensemble de préparations végétales dont l’efficacité est prouvée par des millénaires d’usage et, pour beaucoup, confirmée par la science moderne. Ces remèdes ne remplacent pas les antibiotiques ou la chirurgie, mais en l’absence de tout autre recours, ils peuvent faire la différence entre une guérison et une complication grave.

Les principales formes galéniques (manières de préparer les remèdes) sont :

  • L’infusion (tisane) : verser de l’eau bouillante sur les parties tendres (feuilles, fleurs), laisser steep 10-15 minutes.
  • La décoction : faire bouillir les parties dures (racines, écorces, bois) pendant 15-30 minutes pour extraire les principes actifs.
  • Le cataplasme : plante fraîche écrasée ou plante cuie appliquée directement sur la peau.
  • L’onguent : plante mélangée à un corps gras (saindoux, huile, beurre) pour application cutanée.
  • La teinture : plante macérée dans de l’alcool (si disponible, voir Distiller de l’alcool) pour extraction concentrée.

Où trouver/fabriquer

Les plantes médicinales essentielles et leur identification

PlanteIdentification visuellePartie utiliséePropriété principaleOù la trouver
Saule blancArbre à écorce grise fendillée, feuilles étroites argentées dessous, 10-25m, bord de rivièreÉcorce des jeunes branchesAntidouleur, anti-fièvre (salicine = aspirine naturelle)Bords de rivière, zones humides
CamomillePetite fleur blanche à centre jaune bombé, feuilles finement découpées comme des plumes, odeur de pomme douce, 20-40cmFleursAnti-inflammatoire, calmant digestif, cicatrisantChamps, prairies, talus
Thym serpoletPetite plante rampante, feuilles minuscules ovales, odeur forte aromatique quand on frotte, fleurs rose pâle, 5-15cmFeuilles et tigesAntiseptique puissant, anti-tussifCoteaux secs, pelouses, rocailles
MentheTige carrée (section anguleuse), feuilles opposées dentelées, odeur mentholée forte quand on froisse, 30-80cmFeuillesAntispasmodique digestif, rafraîchissantZones humides, bords de ruisseau
Plantain lancéoléFeuilles en longues lames vertes à nervures parallèles, tige dressée avec épi cylindrique, 20-50cmFeuilles fraîchesCicatrisant, anti-inflammatoire cutané, anti-piqûresChemins, prairies, pelouses — partout
  • Ortie | Tige carrée couverte de poils urticants, feuilles opposées dentelées, 30-150cm | Feuilles (cuites) | Tonique, reminéralisant (fer, calcium), anti-allergique | Zones riches en azote, lisières, ruines | | Sureau noir | Arbuste à grandes feuilles composées, fleurs blanches en larges ombelles plates, baies noires petites, 3-6m | Fleurs (et baies cuites) | Diaphorétique (fait transpirer), anti-grippe, expectorant | Lisières, haies, bords de chemin | | Achillée millefeuille | Feuilles très finement découpées comme des plumes d’oiseau, fleurs blanches en ombelles plates, 30-80cm | Sommités fleuries | Hémostatique (arrête le sang), anti-inflammatoire | Prairies, talus, chemins | | Guimauve officinale | Grande plante à feuilles veloutées lobées, fleurs rose-pâle, 60-120cm | Racines | Emollient, anti-toux, anti-inflammatoire digestif | Zones humides, fossés, bords de mare | | Réglisse | Plante à tiges dressées, feuilles composées de folioles ovales, fleurs violettes en épis, racine jaune à l’intérieur, 50-150cm | Racines | Anti-ulcéreux, anti-inflammatoire, expectorant | Sols sablonneux, garrigues, sud de l’Europe |

Règle absolue d’identification

Avant de utiliser une plante médicamenteuse, vérifier :

  1. Trois caractères distinctifs au minimum. Ne jamais identifier une plante sur un seul critère.
  2. Le test de l’odeur : les plantes aromatiques (thym, menthe, camomille) ont une odeur caractéristique impossible à confondre.
  3. Le test des poils : l’ortie pique, le plantain ne pique pas — deux plantes différentes qui poussent au même endroit.
  4. Vérifier avec Identifier les plantes toxiques : certaines plantes toxiques ressemblent à des plantes médicinales. La ciguë ressemble à la carotte sauvage. La digitale ressemble à la digitale mais est mortelle.

Étapes détaillées

Préparation 1 — Infusion (tisane) : la base

L’infusion est la méthode la plus simple et la plus sûre. Elle convient aux feuilles, fleurs et parties tendres.

  1. Récolter : cueillir les feuilles ou fleurs par temps sec, le matin après la rosée. La plante est plus concentrée en principes actifs le matin.
  2. Laver : rincer rapidement à l’eau claire pour enlever poussière et insectes.
  3. Préparer l’eau : faire chauffer de l’eau dans un récipient en terre (voir Fabriquer de la poterie) ou en écorce (voir Fabriquer un récipient en écorce). L’eau doit être frémissante, pas bouillante — l’ébullition détruit certains principes volatils.
  4. Doser : une poignée de plante fraîche (ou deux cuillères de plante sèche) par tasse d’eau (250ml). En survie, l’évaluation à l’oeil suffit.
  5. Infuser : verser l’eau chaude sur la plante. Couvrir. Laisser reposer 10-15 minutes.
  6. Filtrer : passer à travers un tissu, des feuilles de fougère tressées, ou simplement boire en laissant les morceaux au fond.
  7. Boire : tiède, par petites gorgées. 2 à 4 tasses par jour selon le remède.

Dosage de survie : en l’absence de balance, la règle est « une plante entière dans une casserole d’eau » pour une dose adulte. Commencer par des doses faibles et augmenter.

Préparation 2 — Décoction : pour les parties dures

La décoction sert à extraire les principes actifs des racines, écorces et bois — parties trop dures pour l’infusion.

  1. Récolter : déterrer les racines à la main ou avec un bâton. Pour l’écorce, prélever sur des branches jeunes (écorce interne verte, pas l’écorce externe morte).
  2. Nettoyer : brosser les racines avec les doigts sous l’eau. Enlever la terre.
  3. Couper : hacher finement les racines ou l’écorce. Plus les morceaux sont petits, plus l’extraction est efficace.
  4. Faire bouillir : mettre les morceaux dans l’eau froide. Porter à ébullition. Laisser bouillir 15-30 minutes à feu doux. L’eau doit réduire d’environ un tiers.
  5. Filtrer : enlever les morceaux avec un bâton ou filtrer à travers un tissu.
  6. Boire : la décoction est plus concentrée que l’infusion. Une tasse, 2 à 3 fois par jour.

Exemple : décoction d’écorce de saule anti-douleur :

  1. Prélever l’écorce de jeunes branches de saule (gris-verdâtre, lisse).
  2. La couper en petits morceaux.
  3. Mettre une poignée dans 500ml d’eau froide.
  4. Porter à ébullition, bouillir 20 minutes.
  5. Filtrer. Boire une tasse. La salicine (précurseur de l’aspirine) est extraite.
  6. Effet : antalgique (contre la douleur) et antipyrétique (contre la fièvre). Délai : 30-60 minutes. Durée : 4-6 heures.

Préparation 3 — Cataplasme : application cutanée

Le cataplasme est l’application directe d’une plante sur une blessure, une brûlure, une piqûre ou une inflammation.

Méthode avec plante fraîche :

  1. Cueillir les feuilles fraîches (plantain, guimauve, ortie).
  2. Les mâcher ou les écraser entre deux pierres jusqu’à obtenir une pâte verte et visqueuse.
  3. Appliquer directement sur la blessure ou la piqûre.
  4. Maintenir en place avec un bandage de tissu ou une feuille large maintenue par un cordage.

Méthode avec plante cuite :

  1. Faire bouillir les feuilles dans un peu d’eau jusqu’à obtenir une bouillie.
  2. Étaler la bouillie sur un tissu ou une grande feuille.
  3. Appliquer le côté plante sur la peau.
  4. Maintenir avec un bandage.

Exemples :

  • Plantain sur piqûre d’insecte : mâcher une feuille de plantain, appliquer sur la piqûre. L’enflure et la douleur diminuent en 10-30 minutes.
  • Guimauve sur brûlure : bouillir des racines de guimauve râpées, appliquer la gelée obtenue sur la brûlure. Refroidissante et cicatrisante.
  • Achillée sur plaie saignante : mâcher des feuilles d’achillée, appliquer sur la plaie. Hémostatique — le sang cesse de couler en quelques minutes.

Préparation 4 — Onguent : remède en pâte grasse

L’onguent est une pâte de plante mélangée à un corps gras qui se conserve longtemps et pénètre la peau.

  1. Préparer la plante : faire une décoction très concentrée (réduire jusqu’à obtenir un liquide sirupeux) ou écraser des feuilles fraîches en pâte.
  2. Préparer le gras : faire fondre de la graisse animale (saindoux) ou de l’huile végétale. Voir Préparer et cuisiner le gibier pour la graisse animale.
  3. Mélanger : incorporer la préparation végétale dans le gras chaud. Ratio : 1 partie de préparation végétale pour 4 parties de gras.
  4. Bruillir : chauffer doucement pendant 10 minutes pour évaporer l’eau résiduelle.
  5. Couler : verser dans un récipient en terre. Laisser refroidir et figer.
  6. Conserver : dans un endroit frais et sombre. L’onguent se garde plusieurs semaines à plusieurs mois.

Exemple : onguent au thym antiseptique :

  1. Faire une décoction très concentrée de thym (une grosse poignée dans 100ml d’eau, réduire à 30ml).
  2. Faire fondre 100g de saindoux.
  3. Incorporer la décoction dans le saindoux fondu.
  4. Chauffer doucement 10 minutes en remuant.
  5. Verser dans un bol en terre. Laisser figer.
  6. Appliquer sur les coupures, les égratignures, les infections superficielles.

Préparation 5 — Sirop : remède concentré sucré

  1. Faire une décoction concentrée de la plante.
  2. Filtrer.
  3. Remettre sur le feu et ajouter du miel (si disponible, voir Élever des animaux) ou du sucre de bouleau.
  4. Réduire à feu doux jusqu’à obtenir un liquide sirupeux qui nappe le dos d’une cuillère.
  5. Laisser refroidir. Conserver dans un récipient fermé.
  6. Prendre une cuillère à soupe, 3 fois par jour.

Les remèdes par problème de santé

Douleur et fièvre :

  • Décoction d’écorce de saule (salicine = aspirine naturelle). Dose : 1 tasse, 3 fois par jour.
  • Infusion de fleurs de sureau : fait transpirer, réduit la fièvre.

Troubles digestifs (nausées, crampes, diarrhée) :

  • Infusion de menthe : anti-spasmodique, calme les crampes d’estomac.
  • Infusion de camomille : anti-inflammatoire intestinal.
  • Décoction d’écorce de chêne (tanins puissants) : anti-diarrhéique puissant. Attention : très astringent, ne pas utiliser plus de 2 jours.

Toux et affections respiratoires :

  • Infusion de thym : antiseptique pulmonaire. Inhaler la vapeur aussi.
  • Décoction de racine de guimauve : émollient, apaise la gorge.
  • Décoction de réglisse : expectorant, anti-inflammatoire bronchique.
  • Sirop de sureau : pour la toux grasse.

Blessures, coupures, brûlures :

  • Cataplasme de plantain : cicatrisant, hémostatique.
  • Cataplasme d’achillée : hémostatique puissant.
  • Onguent au thym : antiseptique sur les plaies.
  • Cataplasme de guimauve : émollient sur les brûlures.

Piqûres et morsures :

Infections de la peau :

  • Lavage à la décoction de thym : antiseptique puissant.
  • Cataplasme d’argile verte + décoction de thym : asséchant et antiseptique sur les plaies suppurantes.
  • Onguent au thym.

Stress et insomnie :

  • Infusion de camomille avant le coucher : calmant léger.
  • Infusion de fleurs de tilleul (si disponible) : sédatif doux.

Variations par climat

En climat tempéré

Toutes les plantes listées ci-dessus sont disponibles. Les saisons dictent la disponibilité : récolter les feuilles au printemps et en été, les fleurs quand elles éclosent, les racines en automne (quand la plante stocke ses réserves dans les racines), les écorces au printemps (sève montante, écorce plus facile à détacher).

En climat tropical

Les plantes médicinales sont différentes :

  • L’aloe vera : plante grasse à feuilles épaisses et charnues, gel translucide à l’intérieur. Brûlures, plaies.
  • Le neem (margousier) : arbre à feuilles amères. Antibactérien, antipaludique.
  • Le gingembre : rhizome noueux. Anti-nauséeux, anti-inflammatoire.
  • La curcuma : racine orange vif à l’intérieur. Anti-inflammatoire puissant.
  • Le eucalyptus : feuilles odorantes. Antiseptique respiratoire (inhalation).

En climat désertique

Les plantes sont rares mais certaines sont puissantes :

  • L’aloe : identique au tropical. Brûlures.
  • Le ladanum (ciste) : résine aromatique. Antiseptique.
  • Les figues de Barbarie (cactus raquette) : cataplasme de chair de raquette pour les brûlures.

En climat froid / boréal

La pharmacie se réduit en hiver :

  • Les épinettes (aiguilles) : infusion riche en vitamine C. Anti-scorbut.
  • Le bouleau : sève au printemps (diurétique), écorce (anti-inflammatoire).
  • La mousse d’Islande (lichen blanc) : décoction émolliente pour la toux. Se trouve en hiver.
  • Les baies d’argousier : riches en vitamine C.

Pièges et erreurs courantes

  • Confondre les plantes : la ciguë aquatique ressemble à la carotte sauvage, la digitale à d’autres plantes à fleurs. Vérifier avec Identifier les plantes toxiques. En cas de doute, ne pas utiliser.
  • Surdoser : les plantes médicinales sont des médicaments. Une décoction trop concentrée d’écorce de chêne peut bloquer les intestins complètement. Commencer par des doses faibles.
  • Utiliser l’écorce externe : l’écorce externe (cork, morte) est inactive. C’est l’écorce interne (phloem, verte et humide) qui contient les principes actifs.
  • Récolter après la pluie : les principes volatils (huiles essentielles) sont lessivés par la pluie. Récolter par temps sec.
  • Ne pas filtrer : les débris de plante dans la préparation peuvent irriter les intestins. Toujours filtrer.
  • Conserver une préparation : les infusions se conservent 24h maximum. Les décoctions 48h. Les onguents plusieurs semaines. Les teintures (alcool) des mois.
  • Ignorer les allergies : certaines personnes réagissent aux plantes (ortie, camomille, pollen de sureau). Faire un test : appliquer une petite quantité sur l’intérieur du poignet et attendre 30 minutes. Si rougeur ou démangeaison, ne pas utiliser.
  • Utiliser des plantes de zones polluées : les plantes absorbent les polluants du sol. Ne pas récolter le long des routes, près des décharges, ou dans des zones contaminées.

Une fois que vous savez faire ça, vous pouvez débloquer

Notes

  • La salicine de l’écorce de saule a été découverte en 1828 et a mené à la synthèse de l’aspirine en 1897. L’écorce de saule est littéralement de l’aspirine naturelle. La dose est moindre mais l’effet est réel.
  • Le plantain est la plante de premierssecours la plus accessible : il pousse partout, se reconnait facilement, et ses feuilles mâchées soulagent les piqûres immédiatement. En survie, c’est le premier remède à connaître.
  • La décoction d’écorce de chêne (riche en tanins) est le remède anti-diarrhéique le plus puissant disponible sans pharmacie. En survie, la diarrhée tue rapidement par déshydratation. Ce remède peut sauver des vies.
  • Les aiguilles d’épinette ou de sapin en infusion sont la meilleure source de vitamine C en climat froid. Le scorbut (carence en vitamine C) cause la mort en semaines. Une tasse par jour suffit à prévenir.
  • Conserver les plantes médicinales en les séchant : suspendre en bouquets dans un endroit sec et aéré, à l’ombre (le soleil détruit les principes actifs). Une fois sèches, les stocker dans des sacs en peau ou en tissu.