Creuser un puits
En une phrase
Un puits donne accès à l’eau souterraine, la seule source d’eau fiable toute l’année, même en saison sèche quand les rivières et les mares sont taries.
Comment ça marche
Qu’est-ce que c’est ?
Un puits est un trou creusé dans le sol jusqu’à ce qu’on atteigne la nappe d’eau souterraine. La nappe phréatique est une couche de sol imbibée d’eau qui se trouve à quelques mètres sous la surface. Quand on creuse assez profond, l’eau remplit le trou naturellement.
Creuser un puits est un travail long et physiquement exigeant, mais c’est un investissement vital. Un puits bien fait assure de l’eau potable toute l’année, même pendant les sécheresses qui assèchent les rivières. C’est la différence entre survivre et devoir migrer.
Il existe deux grands types de puits :
- Le puits à parois non consolidatees : un simple trou dans le sol. Fonctionne dans les sols cohésifs (argile, terre compacte). Durée de vie courte (les parois s’effondrent).
- Le puits à parois maçonnées : un trou dont les parois sont soutenues par de la pierre, de l’argile, du bois ou de la brique. Plus long à construire mais durable. C’est le puits qu’il faut viser.
Où creuser ?
Trouver le bon endroit est la moitié du travail. Un puits au mauvais endroit ne donnera pas d’eau.
Signes qui indiquent la présence d’eau souterraine :
- La végétation verte en saison sèche : si dans une zone sèche, un groupe d’arbres ou d’herbes reste vert alors que tout autour est sec, il y a de l’eau peu profonde sous ces plantes. Les arbres qui ont besoin de beaucoup d’eau (saule, aulne, peuplier) indiquent une nappe proche de la surface.
- Les dépressions du sol : les creux, les anciens lits de rivière asséchés, les vallées entre les collines. L’eau coule vers le bas. Les points bas du terrain sont de meilleurs endroits pour creuser.
- Le convergence des pentes : là où deux pentes se rejoignent (le fond d’une vallée), l’eau de ruissellement s’est infiltrée dans le sol au fil des années.
- Les termitières hautes : les termites construisent parfois leurs nids là où le sol est humide.
- Les traces d’animaux : les sentiers qui convergent vers un point depuis plusieurs directions indiquent un point d’eau. En saison sèche, suivre les traces d’animaux mène souvent à l’eau.
- Les sols argileux : l’argile est imperméable. L’eau ne passe pas à travers. Là où il y a de l’argile, l’eau s’accumule au-dessus. Si on creuse dans un dépôt d’argile, on trouve souvent de l’eau juste au-dessus.
- Les sources suintantes : si on voit de la terre humide, de la mousse, ou des petites flaques au pied d’une pente, c’est que l’eau affleure. Creuser à cet endroit réduit la profondeur du puits.
Endroits à éviter :
- Les sommets de colline (l’eau est trop profonde).
- Les bords de rivière en crue (le puits sera contaminé par l’eau de surface).
- Les sols sableux pur (les parais s’effondrent immédiatement).
- Les zones rocheuses dures (impossible à creuser sans outils en métal).
- Près des latrines ou des endroits où les animaux font leurs besoins (contamination).
Comment l’utiliser ?
Une fois le puits construit, on puise l’eau avec un récipient attaché à une corde. Voir Trouver de l’eau potable pour les méthodes de purification de l’eau du puits.
Il faut couvrir le puits d’un couvercle (pierre plate, planche de bois, rondin d’argile) pour empêcher les animaux, les insectes et les saletés de tomber dedans. Un puits contaminé est aussi dangereux que pas de puits du tout.
Étapes détaillées
Étape 1 : Sonder le sol (30 minutes à 1 heure)
Avant de creuser, vérifier que l’eau est accessible.
- Prendre un bâton long et pointu (1,5 à 2 mètres).
- L’enfoncer dans le sol à l’endroit choisi. Si le sol est très humide, le bâton s’enfonce facilement. Si le bâton s’enfonce sur plus de 50 centimètres dans un sol humide, il y a de bonnes chances de trouver de l’eau.
- Creuser un petit trou de 30 centimètres de profondeur à la main. Si la terre au fond du trou est humide et qu’elle refroidit la main, l’eau n’est pas loin.
- Si la terre est sèche et poudreuse même à 50 centimètres, essayer un autre endroit.
Étape 2 : Creuser le puits (4 à 12 heures)
Pour un puits à parois non consolidées (sol argileux stable) :
- Marquer un cercle de 80 centimètres à 1 mètre de diamètre au sol. C’est le diamètre du puits. Un diamètre plus petit rend le creusement difficile (on ne peut pas tourner les bras). Un diamètre plus grand prend trop de temps et les parois sont moins stables.
- Creuser à la main, avec un bâton pointu ou avec une pierre en forme de pelle. Enlever la terre par seaux. Un seau peut être un récipient en écorce, en argile, ou en peau.
- Creuser par couches de 20 centimètres. À chaque couche, racler les parois pour les rendre lisses et régulières.
- Continuer jusqu’à ce que le sol soit humide, puis boueux, puis que l’eau commence à s’infiltrer.
- Quand l’eau emplit le fond du trou à environ 20-30 centimètres de profondeur, arrêter de creuser. L’eau continuera à s’infiltrer et le puits se remplira.
Pour un puits à parois maçonnées (sol instable ou puits permanent) :
- Creuser un premier trou de 1,20 mètre de diamètre (plus large que le puits final).
- Au fur et à mesure qu’on creuse, construire un revêtement en pierres sèches (sans mortier) sur les parois. Poser les pierres en cercle, comme les ronds d’un puits. Chaque rangé de pierres est légèrement inclinée vers l’intérieur pour plus de stabilité.
- La technique du cuvelage : on construit un anneau de pierres au fond du trou, puis on creuse DERRIÈRE l’anneau (entre l’anneau et la paroi de terre), et on fait descendre l’anneau en creusant en dessous. L’anneau descend tout seul sous son poids quand on enlève la terre en dessous. On ajoute des pierres au-dessus au fur et à mesure.
- Alternative au cuvelage : construire les parois en argile compactée. Façonner des briques d’argile de 30 par 15 par 10 centimètres. Les sécher au soleil pendant 3 jours. Les empiler en cercle dans le puits, en décalant les joints comme un mur de brique.
- Continuer à creuser et à revêtir jusqu’à ce que l’eau s’infiltre.
Technique de creusement quand l’eau arrive :
Quand l’eau commence à s’infiltrer, le creusement devient difficile car l’eau ramollit le sol. Utiliser un récipient pour puiser l’eau au fur et à mesure. Si l’eau arrive trop vite pour creuser, pomper l’eau avec un seau attaché à une corde pendant qu’une autre personne creuse.
Étape 3 : Construire le rebord et la couverture (1 à 3 heures)
- Le rebord : construire un mur de pierres ou de briques d’argile de 30 à 40 centimètres de haut autour de l’ouverture du puits. Ce rebord empêche les animaux, les enfants et les débris de tomber dans le puits. Il empêche aussi l’eau de pluie de surface (souvent contaminée) de couler directement dans le puits.
- La couverture : poser un couvercle en bois, en pierre ou en argile sur le rebord. Le couvercle doit être assez lourd pour ne pas être soulevé par le vent ou les animaux.
- Si on a du bois, construire un petit toit au-dessus du puits pour empêcher les feuilles et les insectes de tomber dedans.
Étape 4 : Installer un système de puisage
La corde et le seau (le plus simple) :
- Fabriquer une corde solide (voir Fabriquer des cordages) d’au moins 2 mètres de plus que la profondeur du puits.
- Fabriquer un seau en argile (voir Fabriquer de la poterie) ou utiliser une outre en peau.
- Attacher le seau à la corde.
- Plonger le seau, le laisser se remplir, le remonter.
La poulie (si on a du bois) :
- Tailer un bâton en forme de fourche (en Y).
- L’enfoncer dans le sol à côté du rebord du puits.
- Fabriquer une poulie rudimentaire : un morceau de bois dur de 10 centimètres de diamètre avec un trou central. Placer un bâton dans le trou. Le morceau de bois doit tourner librement sur le bâton.
- Fixer la poulie au sommet de la fourche.
- Passer la corde sur la poulie. Tirer d’un côté, le seau monte de l’autre.
Variations par climat
En climat aride et désertique :
- La nappe peut être très profonde (10 à 50 mètres). Un puits à cette profondeur est un projet collectif qui demande des jours de travail.
- Les puits en zones désertiques sont souvent des “qanats” : des tunnels horizontaux qui suivent la pente du terrain et captent l’eau de la nappe. Technique avancée, réservée aux groupes expérimentés.
- Préférer les “puits indiens” (stepwells) : des puits larges avec des escaliers qui descendent jusqu’à l’eau. Plus faciles à creuser que des puits profonds et étroits.
En climat tempéré :
- La nappe est généralement entre 2 et 8 mètres de profondeur.
- Les sols argileux sont les meilleurs pour les puits : les parois tiennent bien et l’eau est filtrée naturellement par l’argile.
- En hiver, l’eau du puits ne gèle pas (elle vient de sous terre et reste à 8-12 degrés).
En climat tropical :
- La nappe est souvent très proche de la surface (1 à 3 mètres).
- Attention à la contamination : les sols tropicaux sont souvent très perméables, et l’eau de surface peut s’infiltrer dans le puits. Creuser le puits au moins à 30 mètres de toute latrine ou zone de bath.
- Les racines des arbres peuvent obstruer le puits. Les couper au niveau des parois.
En climat froid (pergélisol) :
- Le sol est gelé en permanence sous la surface. Creuser est impossible sans outils en métal et du feu pour dégel.
- L’eau se trouve sous les lacs gelés. Creuser un puits au bord d’un lac en perçant le pergélisol avec du feu et des outils en métal.
Pièges et erreurs courantes
- Creuser sans vérifier la profondeur de la nappe : on peut creuser pendant des jours sans trouver d’eau si la nappe est trop profonde. Toujours sonder d’abord avec un bâton et un trou de test.
- Creuser dans du sable pur : les parois s’effondrent immédiatement. Si le sol est sableux, chercher un endroit avec plus d’argile ou installer un cuvelage dès le premier mètre.
- Ne pas protéger le puits : un puits sans couvercle se contaminera en quelques jours. Les animaux y tomberont, les insectes s’y multiplieront, les débris y flotteront.
- Puiser sans corde : se pencher au-dessus d’un puits est dangereux. Toujours utiliser une corde et un seau.
- Creuser seul : le travail est épuisant et dangereux. Toujours être deux : un qui creuse, un qui remonte la terre. Celui qui creuse risque l’effondrement des parois, l’éboulement, et l’asphyxie si le puits est profond et étroit (le gaz carbonique s’accumule au fond).
- Ne pas purifier l’eau du puits : même l’eau d’un puits peut être contaminée par des bactéries du sol. Toujours filtrer et bouillir l’eau du puits avant de la boire (voir Trouver de l’eau potable).
Une fois que vous savez faire ça, vous pouvez débloquer
- Cultiver la terre — avec un accès permanent à l’eau, l’agriculture est possible
- Construire un abri de survie — un abri permanent près d’un puits est le début d’un campement
Notes
- Un puits bien entretenu peut durer des décennies, même des siècles. Les puits romains creusés il y a 2 000 ans fonctionnent encore.
- La profondeur de la nappe varie selon les saisons. En saison sèche, l’eau baisse. En saison des pluies, elle monte. Creuser le puits à la fin de la saison sèche : si on trouve de l’eau à ce moment-là, il y en aura toute l’année.
- L’eau du puits est généralement plus propre que l’eau de surface, mais pas toujours. La contaminer du sol, des animaux, et des latrines peut s’infiltrer. Toujours purifier.
- Si l’eau du puits a une odeur ou un goût métallique, elle peut contenir des minéraux dissous. Faire bouillir n’enlève pas les minéraux. Si l’eau a un goût de fer ou de soufre, elle est potable mais désagréable. Si elle a un goût chimique ou de moisissure, ne pas la boire.
- Un puits qui donne moins d’eau au fil du temps est peut-être colmaté. Le nettoyer en vidant toute l’eau, en raclant les parois, et en retirant les sédiments du fond.
Ressources externes
- CAWST — guides techniques gratuits de filtration d’eau, construction de puits, et assainissement (PDFs téléchargeables en français)
- AguaClara — plans open source de stations de traitement d’eau potable à gravité (sans électricité)
- Akvo Foundation — outils de collecte de données sur l’eau et l’assainissement (mode hors-ligne)
- Practical Action — guide technique sur la construction de puits (pompe à bélier, forage manuel)
- QGIS — logiciel SIG pour cartographier les nappes phréatiques et les points d’eau