Fabriquer une presse à imprimer

En une phrase

Construire une presse à caractères mobiles et un système de pression pour reproduire des textes et des images en multiples exemplaires, ouvrant la voie à la diffusion du savoir à grande échelle.

Comment ça marche

Qu’est-ce que c’est ?

Une presse à imprimer est une machine qui applique une forte pression uniforme sur une surface encrée posée sur du papier. La pression transfère l’encre du relief (les caractères) vers le papier. En soulevant la presse, on obtient une page imprimée. En réencrant les caractères et en posant une nouvelle feuille, on reproduit la même page.

L’invention de la presse à caractères mobiles par Gutenberg vers 1440 a transformé la civilisation. Avant, chaque livre devait être copié à la main. Après, un ouvrier pouvait imprimer des centaines de copies par jour.

Où le trouver / comment le fabriquer ?

La presse se fabrique entièrement. Voici les composants :

  1. Le chassis (cadre en bois) : supporte tout l’ensemble. Fait en bois dur massif.
  2. La vis de pression : une tige filetée en fer qui, tournée, descend un plateau plat sur la forme encrée.
  3. Le plateau : pièce de fer plat ou de bois dur lisse qui appuie uniformément sur le papier.
  4. Le tympan : planche de bois avec un cadre où l’on fixe le papier.
  5. La forme : assemblage de caractères mobiles en métal, alignés dans un châssis rectangulaire.
  6. Les caractères mobiles : petits blocs de métal avec une lettre en relief à une extrémité.
  7. L’encreur : blocs de cuir ou de feutre pour étaler l’encre sur les caractères.

Comment l’utiliser ?

  • Imprimer des livres, des affiches, des formulaires
  • Reproduire des cartes et des plans techniques
  • Diffuser des lois, des traités, des connaissances
  • Créer de la monnaie-papier (billets)

Étapes détaillées

1. Fabriquer les caractères mobiles (les lettres en métal)

C’est la partie la plus délicate. Chaque lettre doit être identique en taille pour que toutes s’alignent parfaitement.

Alliage pour les caractères :

  • Mélanger 5 parts de plomb, 2 parts d’étain, 1 part d’antimoine.
  • Le plomb est mou et fond à basse température (327 degres). L’étain renforce. L’antimoine durcit et fait rétrécir l’alliage en refroidissant (pour que les caractères se démoulent facilement).
  • L’antimoine se trouve dans les mines de stibine (minerai gris métallique, cristaux en aiguilles). Fondant à 630 degres.
  • Le plomb se trouve dans les mines de galène (minerai gris, cubes brillants). Fondant à 327 degres.
  • L’étain se trouve dans les mines de cassitérite (minerai noir, très lourd). Fondant à 232 degres.

Le moule à caractères :

  1. Fabriquer un moule en cuivre ou en fer avec une cavité de la taille d’un caractère (environ 15 millimètres de haut, 10 millimètres de large, 30 millimètres de long).
  2. Graver la lettre en miroir (inversée) au fond de la cavité avec un burin. C’est un travail de précision extrême.
  3. Fondre l’alliage. Verser dans le moule. Laisser refroidir. Démouler.
  4. Chaque moule produit un caractère. Il faut un moule par lettre de l’alphabet, par chiffre, et par signe de ponctuation. Pour les majuscules et les minuscules : 2 moules par lettre.

Quantité : pour imprimer une page courante, il faut environ 2000 caractères. On fabrique plusieurs exemplaires de chaque lettre (plus de “e”, moins de “z”).

Alternative pour les débutants : utiliser du bois dur (bois de buis, très dense et fin) pour sculpter les caractères un par un au couteau. C’est plus lent mais ne nécessite aucune métallurgie.

2. Construire le châssis des caractères

  1. Fabriquer un cadre rectangulaire en fer ou en bois dur, aux dimensions d’une page (20 x 30 centimètres pour commencer).
  2. Insérer des réglettes (minces barres de métal) pour séparer les lignes.
  3. Composer le texte en insérant les caractères un par un, à l’envers (en miroir), de gauche à droite et de bas en haut.
  4. Caler les caractères avec des coins en bois pour qu’ils ne bougent pas pendant l’impression.
  5. Le résultat est une “forme” : un bloc plat avec le texte en relief.

3. Construire la presse

Le pied et la table :

  1. Prendre deux poutres de chêne de 80 centimètres de haut, 15 centimètres de large. Ce sont les montants latéraux.
  2. Les relier par une table horizontale (planch de chêne plat, 50 x 70 centimètres). La table est à mi-hauteur des montants.
  3. Sous la table, une traverse relie les deux montants pour la stabilité.
  4. Au-dessus de la table, relier les montants par une traverse supérieure massive (20 centimètres d’épaisseur).

La vis de pression :

  1. C’est le coeur mécanique. Une tige en fer de 5 centimètres de diamètre, filetée sur 40 centimètres de long.
  2. La vis traverse la traverse supérieure. Un écrou en fer est encastré dans la traverse.
  3. En tournant la vis avec un bras de levier, le bas de la vis descend ou monte.
  4. Fabriquer une vis en fer : voir Fabriquer des engrenages. Le filetage se fait avec un taraud ou est coulé dans un moule fileté.

Alternative plus accessible : utiliser le principe de la presse à levier au lieu d’une vis. Un bras de levier appuyé par un système de coin. C’est moins précis mais plus facile à construire.

Le plate de pression :

  1. Fixer au bas de la vis un plateau plat en fer ou en bois dur lisse, légèrement plus grand que la forme.
  2. Le plateau doit être parfaitement plat et parallèle à la table. Vérifier avec un fil à plomb.

Le tympan et le marbre :

  1. Sur la table, placer le marbre : une pierre plate (pierre calcaire polie) ou un plancher de bois très lisse. C’est là que la forme est posée.
  2. Le tympan : un cadre en bois avec une feuille de cuir tendu, pivotant sur un côté de la table. On pose le papier sur le tympan. On rabat le tympan sur la forme.

4. Le processus d’impression

  1. Encrer la forme : Avec des tampons de cuir (boules d’imprimeur) trempés dans l’encre, tapoter les caractères de la forme jusqu’à ce que tout le relief soit uniformément encré.
  2. Poser le papier : Humidifier légèrement le papier (l’encre pénètre mieux). Le fixer sur le tympan.
  3. Rabattre le tympan : Rabattre le tympan sur la forme encrée. Le papier est maintenant face contre les caractères.
  4. Presser : Tourner la vis (ou actionner le levier) pour descendre le plateau de pression sur le tympan. La pression doit être forte et uniforme. Maintenir 10 secondes.
  5. Relâcher : Remonter la vis. Ouvrir le tympan. Retirer le papier imprimé.
  6. Répéter : Réencrer la forme. Poser une nouvelle feuille. Recommencer.

5. Séchage et finition

  • Les feuilles imprimées sèchent en quelques heures. Les étendre sur des ficelles (comme du linge).
  • Ne pas empiler les feuilles tant que l’encre n’est pas sèche (elles se colleraient).
  • Après séchage, assembler les pages en cahiers, puis relier.

Variations par climat

Climat humide

  • Le papier humide se déchire. Stocker le papier au sec avant impression.
  • L’encre sèche lentement. Ajouter un agent asséchant (poudre de rouille) à l’encre.
  • Les caractères en alliage de plomb peuvent oxyder. Les nettoyer régulièrement.

Climat sec

  • Le papier trop sec est cassant. L’humidifier légèrement avant impression.
  • L’encre sèche très vite. Travailler rapidement.
  • Les caractères se conservent mieux dans un climat sec.

Climat froid

  • L’alliage de plomb devient plus cassant. Manipuler les caractères avec précaution.
  • La vis de pression est plus rigide. Huiler régulièrement.

Pièges et erreurs courantes

  • Caractères pas alignés : si les caractères ont des hauteurs différentes, les uns impriment et pas les autres. Tous les caractères doivent avoir exactement la même hauteur.
  • Pression inégale : le plateau doit être parfaitement parallèle à la forme. Sinon, l’impression est floue d’un côté.
  • Trop d’encre : l’encre déborde des caractères et tache le papier. Appliquer l’encre doucement et uniformément.
  • Pas assez d’encre : les caractères n’impriment pas. L’encre doit couvrir tout le relief mais pas les creux.
  • Papier trop sec : l’encre ne pénètre pas. Le papier doit être légèrement humide.
  • Papier trop humide : il se déchire. Humidifier à peine.
  • Oublier de mettre le texte en miroir : l’impression est à l’envers. Composer le texte en regardant de droite à gauche.
  • Vis de pression qui coince : huiler la vis régulièrement avec de l’huile ou de la graisse.

Une fois que vous savez faire ça, vous pouvez débloquer

  • Diffusion massive du savoir — les livres se multiplient
  • Lois et registres officiels — l’administration devient possible
  • Cartes et plans reproduits — la navigation et l’ingénierie progressent
  • Instruction publique — enseigner à des milliers de personnes

Notes

  • Gutenberg a imprimé environ 180 exemplaires de sa Bible en 3 ans. C’est 180 fois plus vite que la copie manuelle.
  • Les caractères mobiles se réutilisent indéfiniment. Après impression, démonter la forme, nettoyer les caractères, les ranger dans des casiers classés par lettre.
  • Un bon imprimeur produit 200 à 300 feuilles par heure avec une presse manuelle.
  • L’encre d’imprimerie est plus épaisse que l’encre d’écriture. Elle contient plus de noir de fumée (suie fine) pour un noir plus intense.
  • Le plus difficile n’est pas la presse, ce sont les caractères. Sculpter 2000 caractères en bois est un travail de plusieurs mois. L’alliage métallique et le moulage sont plus rapides une fois la technique maîtrisée.

Ressources externes