Fabriquer un métier à tisser

En une phrase

Construisez un métier à tisser vertical en bois qui vous permet de transformer des fils en tissu régulier de grande largeur, passant de la production artisanale au volume suffisant pour habiller une communauté.

Comment ça marche

Qu’est-ce que c’est ?

Un métier à tisser est une machine en bois qui maintient les fils sous tension et les sépare en deux groupes que l’on lève et abaisse alternativement, créant un passage pour le fil de trame. C’est l’outil fondamental de toute industrie textile depuis au moins 7 000 ans.

Sans métier à tisser, le tissage se fait à la main avec des fils détendus, produisant des bandes étroites (5 à 15 cm) irrégulières. Avec un métier, vous produisez des pièces de tissu larges (60 cm et plus), régulières, et rapidement — assez pour habiller toute une famille ou fabriquer des voiles, des toiles de tente et des couvertures.

Où le trouver / comment le fabriquer ?

Le métier à tisser se fabrique en bois avec des outils de menuiserie (voir Fabriquer des outils de menuiserie). Il nécessite du bois dur pour les pièces.structurelles et du bois tendre pour les lisses. Les clous (voir Fabriquer des clous et rivets) renforcent les assemblages.

Comment l’utiliser ?

On installe le métier contre un mur ou en position verticale. Les fils de chaîne sont fixés en haut et en bas du métier, et le tissage se fait en passant le fil de trame entre les fils levés et abaissés, rangée après rangée, de bas en haut (ou de haut en bas selon le type de métier).

Étapes détaillées

Étape 1 — Comprendre les parties du métier

Un métier à tisser vertical comprend les pièces suivantes :

  1. L’ensouple supérieur : rouleau horizontal en haut du métier, sur lequel on enroule le tissu fini.
  2. L’ensouple inférieur : rouleau horizontal en bas, sur lequel on enroule la chaîne (les fils verticaux) en réserve.
  3. Les montants : deux poutres verticales qui soutiennent les ensouples et forment le cadre du métier.
  4. Les lisses : boucles de fil ou de cordelette qui soulèvent alternativement les fils de chaîne.
  5. Les hédoules (ou lices) : cadres qui maintiennent les lisses et les actionnent ensemble.
  6. La navette : bâton encoché ou petite bobine qui porte le fil de trame et le passe entre les fils de chaîne.
  7. Le peigne (ou roseau) : peigne en bois ou en roseau qui tasse les fils de trame contre le tissu déjà formé.
  8. Les pédales (ou marches) : planches sous les pieds du tisserand qui actionnent les lices.

Étape 2 — Fabriquer les montants et le cadre (2 à 3 heures)

  1. Choisissez deux poutres de bois dur (chêne ou frêne), de 180 cm de haut et 8 x 8 cm de section. Ce sont les montants latéraux.
  2. Choisissez deux traverses de 100 cm de long, 8 x 5 cm de section. Ce sont les barres horizontales supérieure et inférieure.
  3. Assemblez les montants et les traverses avec des tenons et mortaises ou des évidements :
    • Creusez une mortaise de 5 cm de profondeur à chaque extrémité des traverses.
    • Taillez des tenons correspondants en haut et en bas des montants.
    • Emboîtez et renforcez avec des chevilles de bois dur ou des clous en fer.
  4. Le cadre forme un H couché : deux montants verticaux reliés par deux traverses.
  5. Installez des entretoises diagonales en bas du cadre pour stabiliser l’ensemble (contreventement).

Étape 3 — Fabriquer les ensouples (1 heure)

  1. Prenez deux rondins de bois dur de 100 cm de long et 6 cm de diamètre.
  2. À chaque extrémité, taillez un tenon de 3 cm de long et 2 cm de diamètre.
  3. Creusez des trous correspondants dans les montants, à 15 cm du haut et à 15 cm du bas.
  4. Les ensoubles doivent tourner librement dans leurs trous. Pour cela, agrandissez légèrement les trous dans les montants.
  5. Fixez une cheville de blocage (goupille de bois) sur chaque ensouple pour empêcher le tissu de se dérouler pendant le travail.

Étape 4 — Fabriquer le peigne (2 à 3 heures)

Le peigne sert à tasser les fils de trame contre le tissu déjà formé.

  1. Prenez une planche de bois tendre (tilleul ou saule) de 80 cm de long, 8 cm de large et 2 cm d’épaisseur.
  2. Tracez des dents espacées de 3 mm sur toute la longueur (environ 200 dents).
  3. Sciez les espaces entre les dents avec une scie à métaux ou une scie fine. Chaque dent fait 2 mm de large et 5 cm de long.
  4. Poncez ou limez les dents pour qu’elles soient lisses et régulières.
  5. Alternez : une dent, un espace, une dent, un espace. L’espace entre les dents correspond au diamètre d’un fil de chaîne.

Alternative rapide : faites le peigne avec des tiges de roseau ou de bambou fichées entre deux planches, ce qui est plus rapide et aussi efficace.

Étape 5 — Fabriquer les lices et les hédoules (2 à 3 heures)

Les lices sont les pièces qui lèvent les fils de chaîne alternativement.

Pour un tissage simple (armure toile), il faut 2 hédoules (2 cadres de lices).

  1. Fabriquez deux cadres rectangulaires en bois de 80 cm x 40 cm. Chaque cadre est une hédoule.
  2. Sur le côté inférieur de chaque cadre, attachez des bobines de fil, une pour chaque fil de chaîne. Ce sont les lices.
  3. Pour l’hédoule 1, les lices passent dans les fils impairs de la chaîne.
  4. Pour l’hédoule 2, les lices passent dans les fils pairs de la chaîne.
  5. Quand on tire l’hédoule 1 vers le bas, les fils impairs se lèvent, créant un passage pour la navette.
  6. Quand on tire l’hédoule 2, les fils pairs se lèvent.

Fabrication des lices individuelles :

  • Prenez du fil solide (lin, chanvre ou coton).
  • Faites des boucles de 15 cm de long, une pour chaque fil de chaîne.
  • Attachez les boucles au cadre de l’hédoule avec des noeuds coulants ou des noeuds simples.

Étape 6 — Fabriquer la navette (30 minutes)

  1. Prenez un bâton de bois dur de 30 cm de long et 3 cm de diamètre.
  2. Aux deux extrémités, taillez des encoches en V pour retenir le fil.
  3. Enroulez le fil de trame sur la navette en le passant dans les encoches.
  4. La navette doit être assez fine pour passer entre les fils de chaîne levés.

Alternative : fabriquez une navette en forme de petite épée plate (comme un sablier) avec des encoches aux extrémités. Elle est plus rapide à manipuler.

Étape 7 — Ourdir la chaîne (2 à 4 heures)

L’ourdissage est la préparation des fils verticaux (la chaîne).

  1. Mesurez la largeur du tissu voulu. Si vous voulez un tissu de 60 cm, avec un fil tous les 3 mm, vous avez besoin de 200 fils de chaîne.
  2. Mesurez la longueur du tissu voulu, plus 50 cm de marge pour les franges et les附件.
  3. Coupez 200 fils de la longueur calculée.
  4. Enfilez chaque fil dans : a. Une dent du peigne. b. Une lice de l’hédoule correspondant (impair ou pair). c. L’ensouple supérieur. d. L’ensouple inférieur.
  5. Attachez les fils par groupes de 10 fils aux ensouples avec des noeuds fermes.
  6. Tendez uniformément tous les fils de chaîne en tournant l’ensouple inférieur.

Ordre d’enfilage : pour un tissage simple (toile), enfilez les fils dans l’ordre : dent 1/lisse 1, dent 2/lisse 2, dent 3/lisse 1, dent 4/lisse 2, et ainsi de suite.

Étape 8 — Tisser (processus répétitif)

  1. Actionnez la pédale 1 (ou tirez la corde de l’hédoule 1). Les fils impairs se lèvent, créant un passage (la « foule »).
  2. Passez la navette de gauche à droite à travers la foule. Tirez le fil à travers en laissant une embouchée de 5 cm sur le côté.
  3. Tassez le fil contre le tissu avec le peigne. Un coup sec et régulier.
  4. Actionnez la pédale 2 (ou relâchez l’hédoule 1 et tirez l’hédoule 2). Les fils pairs se lèvent.
  5. Passez la navette de droite à gauche.
  6. Tassez avec le peigne.
  7. Répétez les étapes 1 à 6 jusqu’à la fin de la chaîne.

Rythme : un tisserand expérimenté produit 1 mètre de tissu par heure en armure simple. Un débutant produira environ 30 cm par heure.

Étape 9 — Dételer et finir le tissu

  1. Quand vous avez tissé toute la longueur voulue, coupez les fils de chaîne à 10 cm du bord du tissu.
  2. Enlevez le tissu du métier.
  3. Nouez les franges par groupes de 4 à 6 fils pour empêcher le tissu de s’effilocher.
  4. Lavez le tissu à l’eau chaude pour le faire rétrécir (le rétrécissement est de 5 à 10 %, c’est normal).
  5. Étendez le tissu humide sur une surface plane et laissez sécher sous tension.

Types de tissage

Armure toile (la plus simple)

  • 1 fil sur 1 fil alterné. Le plus solide, le plus régulier, le plus facile.
  • Convient pour les draps, les chemises, les toiles de tente.

Armure sergé (diagonal)

  • Nécessite 3 ou 4 hédoules. Le tissage forme des diagonales visibles.
  • Plus souple et plus épais que la toile. Convient pour les pantalons, les couvertures.

Armure satin

  • Nécessite 5 hédoules ou plus. Tissu lisse et brillant.
  • Technique avancée, pour les vêtements de cérémonie.

Pièges et erreurs courantes

  • Fils de chaîne inégalement tendus : le tissu sera gondolé et irrégulier. Prenez le temps de tendre chaque fil à la même tension lors de l’ourdissage.
  • Fils qui se cassent : le fil est trop fin, trop sec, ou la tension est trop forte. Humidifiez les fils de lin avant de tisser. Utilisez des fils plus gros pour la chaîne.
  • Tissu qui se rétrécit de manière inégale : laissez toujours 10 % de marge sur la largeur de la chaîne.
  • Erreurs de motif : détricotez (décrivez) jusqu’à l’erreur et reprenez. Ne laissez pas les erreurs s’accumuler.
  • Tension lâche : le tissu est mou et troué. Tendez la chaîne davantage.
  • Peigne qui casse des fils : les dents du peigne sont trop rapprochées. Utilisez un peigne plus large ou des fils plus fins.

Une fois que vous savez faire ça, vous pouvez débloquer

Notes

  • Le métier à tisser vertical est le plus simple à fabriquer. Les métiers horizontaux sont plus confortables pour le dos mais plus complexes.
  • Au Moyen Âge, les métiers à tisser étaient l’équivalent des usines textiles d’aujourd’hui. Un bon métier dans une famille produit suffisamment de tissu pour habiller 10 personnes par an.
  • Les premiers métiers à tisser datent de -7000 ans. Cette technologie est à la portée de toute communauté ayant du bois et des outils.
  • Le métier à tisser est un prérequis caché de la civilisation : sans tissu en grande quantité, pas de voiles, pas de couvertures, pas de vêtements en série, pas de sacs étanches.